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Les aéroplaneurs de Die

Eté 1909. Marcel Leyat est en vacances après avoir terminé sa deuxième année d'études à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Ce sera pour lui une période intense.
Dans son curriculum, écrit en 1958, Leyat dit [2]
...Pendant mes vacances des mois d'août et septembre 1909, j'ai pu construire trois planeurs, mettre au point une voiture-treuil, et créer la méthode du vol remorqué...
[le premier des trois planeurs est vraisemblablement celui du printemps 1909 "planeur de Mitry" (?)]

Ce sont ces deux mois qui nous sont contés ici.

Un bel essor de Marcel Leyat sur son Aéroplaneur - A "Jalaÿs" le 12 septembre 1909 [3]

Dans son édition du vendredi 27 août 1909, nous pouvons lire dans le Le Petit Marseillais : [1]
« On nous télégraphie de Die (Drôme), 26 août :
Nous avons assisté, hier soir, vers 6 h. 15, à une superbe envolée du jeune aviateur Marcel Leyat, monté sur un de ses planeurs.
Cet appareil, construit dans les ateliers de M. Audra, est un biplan de 7 mètres d'envergure et de 19 mètres carrés de surface portante, dont la stabilité latérale est assurée par des ailerons et l'équilibre longitudinal par une queue munie d'un gouvernail de profondeur flexible et gauchissable ; les diverses commandes se font par un levier unique.
L'appareil, installé sur un terrain découvert assez restreint et ne permettant pas des vols de plus de 300 mètres, était remorqué par une automobile fixe ; un treuil adapté à la roue motrice enroulait le câble qui devait donner à l'engin le mouvement de propulsion en avant.
Nous assistons d'abord à une série d'essais de mise au point. M. Leyat prend ensuite place à la direction et l'appareil, après avoir roulé pendant quelques mètres, s'élève rapidement jusqu'à une hauteur moyenne de 8 à 10 mètres, où il se maintient sur toute la longueur du champ.
L'atterrissage a lieu d'une façon parfaite après un vol d'environ 200 mètres.
A ce moment, une ovation est faite au jeune aviateur par les assistants enthousiasmés.
D'autres essais nous sont promis sur le terrain du lac de Luc, où des vols de 1.500 à 2.000 mètres seront possibles sans danger.
Rappelons que M. Leyat est le fils de notre ancien président du tribunal, actuellement juge à Marseille. – L. »

Le lendemain samedi 28 aôut 1909, c'est au Journal de Die et de la Drôme de parler de l'évènement :
« La conquête de l'air.
Cette semaine aura été la "Grande Semaine d'Aviation". Les journaux quotidiens consacrent de longs détails sur les expériences faites au champ d'aviation de Bétheny devant une affluence évaluée à plus de 100.000 personnes et auxquelles ont assisté le Président de la République, MM. Briand, Millerand et le général Brun.
Mais pendant que les aviateurs Bunau-Varilla, Paulhan, Blériot, Latham, Lefèvre se livrent, à Bétheny, à de magnifiques et audacieux vols, un jeune ingénieur, M. Marcel Leyat, a fait, lui aussi, à proximité de notre ville, des expériences très concluantes.
Une absence nous a privé du grand plaisir d'y assister, mais nous trouvons dans un grand journal de la région les renseignements suivants qui sont de nature à intéresser vivement nos lecteurs :

Nous venons d'assister à de très intéressantes expériences d'aviation. M. Leyat, fils de l'ancien président du tribunal de notre ville, ingénieur de l'École centrale de Paris, qui a fait plusieurs appareils volants, vient de réussir un vol magnifique, étant donné les conditions difficiles dans lesquelles il s'est effectué.
Le planeur extra léger qui a servi à l'expérience mesure 7m 50 de large et 6m 50 de profondeur ; il est biplan, sa surface portante est de 19 m.c. environ.
Son poids, sans moteur, est de 38 kil. seulement. La stabilité latérale est assurées par des ailerons, et la stabilité longitudinale par une queue flexible et gauchissable.
Tous les organes sont commandés par un seul levier, laissant à l'aviateur les mains libres.
Un champ d'expérience a été mis, par M. Reynaud, notaire honoraire, à la disposition de l'aviateur.
Une série d'essais ont été faits dans la journée avec le concours des automobiles de MM. Magnan, docteur, et Villedieu, vétérinaire.
L'engin, placé à l'extrémité du champ était relié à l'automobile par un câble de 350 mètres qui s'enroulait autour d'une poulie fixée sur une roue.
L'automobile est mise en marche en grande vitesse, le planeur roule quelques mètres et s'envole malgré le vent qui le prend par côté.
M. Leyat est très maître de lui, il fait ainsi 250 …
[quelques lignes manquent] atterrir à l'extrémité du champ, évitant les arbres en passant par-dessus.
Le jeune aviateur est acclamé par la foule enthousiasmée qui l'entoure. »

 
Evènement exceptionnel à plus d'un titre :
- Premier appareil volé dans la région
- Lancement par treuillage, c'est une première en France
Notons que Le Nord Aviation (Michel MATHIEU) réalise au même moment des petits sauts de puce par treuillage [voir Combegrasse 1922 p ]
 
 
Construction du premier Aéroplaneur
Les deux planeurs de l'été 1909 on été construits chez Marius AUDRA, propriétaire d'une importante ébénisterie industrielle, à Die.

Dessin de l'usine Audra [3]
Le planeur a été monté dans la réserve à bois de l'usine, au milieu en haut de l'image. Sur les photos ci-dessous on reconnait le grand bâtiment de l'usine et la haute cheminée.
.

Nous avons quelques dates repères précises, car Leyat a tenu sa famille au courant de l'avancement des travaux de construction du planeur.


Le planeur en construction, encore à l'intérieur de l'atelier [7]
Carte postale datée du 12 août, adressée à ses frères P. [Paul] et Robert. En 1909, Marcel a 24 ans, Paul en a 16 et Robert 13. Ils vivent à Marseille, rue Fongate chez leurs parents (Edouard Leyat, leur père, est juge au tribunal de Marseille).

Le cachet de la poste n'est malheureusement pas lisible

Verso de la carte du 12 août - cette date est en contradiction avec le verso de la carte du 15 août. Inversion des verso des cartes postales ?
Le même jour, nouvelle carte postale adressée à Paul :
"Die 12/8/09
Pesage du planeur 38 K
Jusqu'à présent tout a bien marché. Je n'ai pas le temps d'écrire longuement.
Ce serait inutile puisque je vais à Marseille dans quelques jours. Je pilote beaucoup la voiture du docteur.
Nous devons faire des essais ce soir tirés par elle.
"
"La voiture du docteur" : il s'agit du docteur Louis MAGNAN, de Die, qui possédait une De Dion Bouton type 1904.
L'indication de poids est très intéressante.
Troisième carte dont nous disposons, en date du 15 août 1909


Verso de la carte du 15/08


La construction du planeur est terminée [Ailes de légende]
Marcel Leyat, de dos au premier plan

[Extrait carte postale du 12 août]
Premier essai
En verso de la carte postale du 12 août 1909 :
Un premier essai du planeur dont la construction est tout juste achevée est effectué en mode cerf-volant, non monté. C'est celui dont nous avons des photos de la construction [ci-dessus]
Il y a une petite incertitude sur la date de ce premier essai : 10 ou 12 août ? Je penche pour le 12 !
Nous ne trouvons aucune mention de cet essai dans la presse locale ou régionale et nous n'avons aucune idée de l'endroit où il a pu avoir lieu. Il est étonnant que le "Journal de Die et de la Drôme" n'en ait pas parlé.
Le planeur, non monté, a-t-il été "remorqué" selon le terme employé par Leyat ? Nous l'ignorons. .

Première sortie de l'Aéroplaneur : Marcel Leyat aux "commandes" [7]

"Die 10/8/09 - 6 h 45 du soir - Premier essai, premier vol"
Caractéristiques du planeur

Avec l'indacation de poids donnée par Leyat dans sa carte postale du 12 août "38 K" et son article "Utilité du vol remorqué [5] nous avons une idée assez précise de l'Aéroplaneur Leyat. Type N° 2

Envergure 7,5 m
Longueur totale 6,5 m
Surface portante 20 m2
Corde d'ailes 1,60 m
Entreplan 1,5 m
Masse de 36-38 kg

 

Planeur tel que dessiné par Leyat en 1911 [5]
Le dessin du siège et des patins correspond à la version testé le 12 septembre (au lieu dit "Jalaÿs"
Le nombre de nervures des ailes et du stabilisateur horizontal ne correspond pas aux photos des planeurs que nous avons.
Pour les essais du 19 septembre, Leyat construira un nouvel appareil, moins chargé que le précédent, puisqu'il ne pèse que 28 kg [5].
[voir infra pour des détails sur ce deuxième planeuir]
Système de commande des gouvernes

Le système de commande des gouvernes imaginé par le concepteur était très original.
Il a été présenté dans la presse en ces termes :

Dans son édition du vendredi 27 août 1909, nous pouvons lire dans le Le Petit Marseillais : [1]
« ...Cet appareil, construit dans les ateliers de M. Audra, est un biplan de 7 mètres d'envergure et de 19 mètres carrés de surface portante, dont la stabilité latérale est assurée par des ailerons et l'équilibre longitudinal par une queue munie d'un gouvernail de profondeur flexible et gauchissable ; les diverses commandes se font par un levier unique.... »

Le lendemain samedi 28 aôut 1909, c'est au Journal de Die et de la Drôme de parler de l'évènement :
«... Le planeur extra léger qui a servi à l'expérience mesure 7m 50 de large et 6m 50 de profondeur ; il est biplan, sa surface portante est de 19 m.c. environ.
Son poids, sans moteur, est de 38 kil. seulement. La stabilité latérale est assurées par des ailerons, et la stabilité longitudinale par une queue flexible et gauchissable.
Tous les organes sont commandés par un seul levier,
laissant à l'aviateur les mains libres... »

On comprend ce système de commande en observant attentivement les photos.:
 
_
Barre de commande des gouvernes. A gauche sur le premier planeur, on voit la ceinture autour de la poitrine du pilote, liant la barre au dos du pilote.
On voit le faisceau de câbles reliant la barre au stabilisateur horizontal. A droite la barre de commande derrière le siège du pilote dans le deuxième planeur.

Levier de commande fixé dans le dos de Marcel Leyat par une ceinture autour de la poitrine, laissant les mains complètement libres [3]
 
Principe des vols "remorqués"

En 1909 Leyat fut le premier en France [peut-être aussi en Europe ou dans le monde] à expérimenter avec succès un lancement par treuillage d'un planeur. Il n'utilisait pas le terme de « treuillage » mais de « vol remorqué » ce qui peut prêter à confusion.
Il faut noter que l'on des photos relativement nombreuses des planeurs mais, bizarrement, aucune photo de la voiture utilisée aménagée en treuil.

Dans l'article "Utilité du vol remorqué" qu'il publiera dans L'Aérophile du 15 septembre 1911, [5] Leyat reviendra sur le système de treuillage qu'il a utilisé:

« …Si le terrain n'est pas assez grand ou assez bien entretenu pour permettre de rouler assez vite, ou bien si la voiture dont on dispose n'est pas assez forte, on peut tourner la difficulté en fixant la voiture sur la limite du terrain. On soulève alors le pont arrière, on lui adapte un mécanisme de treuil très simple ; par ce procédé, nous avons pu voler à une vitesse de 28 km à l'heure en utilisant une puissance tractive de 3,5 CV avec une simple 4 cylindres 12 HP, équipée de la sorte, on peut atteindre des longueurs de mille mètres en plein vol. Il importe d'orienter le câble de façon à ce que le départ s'effectue bien debout au vent, sans qu'il soit nécessaire que le vent ait une direction constant sur toute la longueur à franchir. C'est ce dernier moyen que nous avons employé dans nos vols remorqués de 1909. Nous avons atteint, sans danger, avec un planeur essayé pour la première fois, une hauteur de vol de 45 à 50 mètres ; un tel planeur pesait 36 kilos et mesurait 20 m2 de surface portante. »


Dispositif de départ sur chariot monorail pour le vol avec puissance motrice faible [5]
Légende
1, 2 – Piquets d'amarrage 3 – Cale supportant et immobilisant la roue droite 4 – Cales des roues AV 5 – Support maintenant soulevée la roue gauche 6 – Treuil boulonné sur la roue gauche 7 – Galet de renvoi 8 – Câble de traction 9 – Monorail ; longueur 20 m 10 – Chariot de départ
 

[Le Petit Marseillais 27 août 1909]
« …L'appareil, installé sur un terrain découvert assez restreint et ne permettant pas des vols de plus de 300 mètres, était remorqué par une automobile fixe ; un treuil adapté à la roue motrice enroulait le câble qui devait donner à l'engin le mouvement de propulsion en avant… »

 

Premième journée d'essais – 23 août 1909


Le mardi 23 août 1909 est le grand jour des premières tentatives de vol pour Marcel LEYAT.

 

Le lieu choisi est une prairie mise à disposition de Leyat par M. Reynaud, notaire honoraire à Die. C'est une bande de terrain de quelques 300 mètres de longueur, entre voie ferrée et R.N. 93 (actuellement départementale), au sud de Die, un peu avant Molière-Glandaz (en venant de Die), lieu dit « Le Plot ».

Emplacements déterminés et dessinés par André Beryton, sur fond de carte IGN xxx. []

En orange plein, le site du "Plot".

En hachures orange, le site de "Jalaÿs", plus grand, qui sera choisi pour la deuxième journée d'essais.
[

Automobile treuil ?

* Automobiles de Dr Magnan et de M. Villedieu (vétérinaire).


[Doc 100 / doc 008]
L'auto De Dion Bouton du docteur Magnan

[Doc 084, chronologie Guénnifey]

« … . La première version [non, la deuxième] du planeur pèse 27kg et est réalisée en 15 jours. Entoilage au papier 17g/m², il sera tiré par une voiture de Dion de 5 CV.


Transport vers Molières, avec la De Dion Bouton type V 1904 du Dr. Louis MAGNAN [3]
Les ailes et le stabiliisateur horizontal ne sont pas entoilés ??

La presse locale et nationale se fait rapidement l'écho de ces essais.

[Doc 100 - L'aviation à Die en 1900]
…M. Leyat fait un premier essai le 25 août 1909 sur le terrain du "Plot Jalay" situé entre la RN 93 et la voie de chemin de fer, un peu avant Molières. L'appareil est tiré par un treuil fixé à l'une des roues arrières de la De Dion Bouton du docteur Magnan, et, après quelques essais, s'élève à 10 mètres de hauteur sur quelques centaines de mètres devant des spectateurs enthousiastes. Aux commandes, Leyat réalise un atterrissage impeccable entre les mûriers du terrain.

[Doc 005]
Le "Journal de Die et de la Drôme" du samedi 28 août 1909 décrit une expérience de Leyat : « La conquête de l'air. … Pendant que les aviateurs Bunau-Varilla, Paulhan, Blériot, Latham, Lefèvre se livrent, à Bétheny [c'est la Grande Semaine de Champagne], à de magnifiques et audacieux vols, un jeune ingénieur, M. Marcel Leyat, a fait, lui aussi, à proximité de notre ville [Die], des expériences très concluantes. Une absence nous a privé du grand plaisir d'y assister, mais nous trouvons dans un grand journal de la région les renseignements suivants qui sont de nature à intéresser vivement nos lecteurs : Nous venons d'assister à de très intéressantes expériences d'aviation. M. Leyat, fils de l'ancien président du tribunal de notre ville, ingénieur de l'École centrale de Paris, qui a fait plusieurs appareils volants, vient de réussir un vol magnifique, étant donné les conditions difficiles dans lesquelles il s'est effectué. … Un champ d'expérience a été mis, par M. Reynaud, notaire honoraire, à la disposition de l'aviateur. Une série d'essais ont été faits dans la journée avec le concours des automobiles de MM. Magnan, docteur, et Villedieu, vétérinaire. L'engin, placé à l'extrémité du champ était relié à l'automobile par un câble de 350 mètres qui s'enroulait autour d'une poulie fixée sur une roue. L'automobile est mise en marche en grande vitesse, le planeur roule quelques mètres et s'envole malgré le vent qui le prend par côté. M. Leyat est très maître de lui, il fait ainsi 250 …[quelques lignes manquent] atterrir à l'extrémité du champ, évitant les arbres en passant par-dessus. Le jeune aviateur est acclamé par la foule enthousiasmée qui l'entoure. » « …évitant les arbres en passant par-dessus » : Hum ! Le journaliste, qui n'a pas assisté au vol, se laisse emporter par son enthousiasme, de même quand il parle de « la foule »

[Doc 174 La Dépêche du Midi 30 août 1909]
« Valence, 29 août – Un nouvel aviateur vient de s'élancer dans les airs. Dans le courant de la semaine dernière M. Leyat a fait à Die (Drôme) des expériences sensationnelles. Son appareil, disposé sur un chariot muni d'une seule roue s'est élevé facilement sur une hauteur de huit à dix mètres, et, après avoir parcouru près de trois cents mètres, a atterri d'une façon parfaite. »

[Doc 064] Le Trait d'Union
"Planeur Type n° 2
... Biplan de 20 m2 pour une envergure de 7,5 m et une longueur de 6,5 m, cet appareil de 36 kg était tracté par une automobile de 7 CV. Le 23 août 1909 Marcel Leyat réalise un vol de 200 m, mais endommage la machine. En effet, celle-ci était posée sur un chariot monocycle pour le décollage, le chariot devant être largué après le décollage. Malheureusement, au moment du larguage, le chariot vint heurter l'empennage arrière, le détériorant fortement.


23 août 1909 – Essai au Plot [Doc 162 - Fond Audra – Archives Drôme] Le chariot monoroue pour le décollage
Le terrain d'essais est en bordure de la RN 93 (que l'on voit en arrière-plan), au lieu dit Le Plot. Le planeur est tourné vers le Sud.

Un témoin oculaire de l'évènement, Mme Gabrielle COURSANGE, rend compte de l'évènement en termes beaucoup plus mesurés, et sans aucun doute plus proches de la réalité ! {4]

"23 août…A 9 h., ROYER nous mène, Louise, les petites et moi, près de Molières pour assister aux premiers essais de vol de Marcel LEYAT.
A midi, lorsque nous rentrons, il n'avait pu réussir ; soit le vent qui crevait les papiers, les pierres que parfois on ne pouvait éviter et qui donnaient une secousse à l'appareil ; soit la traction pas assez forte.
Dans l'après-midi il a repris ses essais et a pu faire un petit vol.
"

Deux ans plus tard, Marcel Leyat publiera un article dans l'Aérophile, avec la seule photo du planeur en vol (et endommagé) que nous ayons trouvée. [5]
Remarquon que dans les comptes-rendus des journaux de l'époque il n'est jamais question de l'incident survenu au décollage.
 


L’aéroplane remorqué ou « aéroplaneur Leyat » en plein vol, effectué avec l’équilibreur arrière complètement brisé, on en voit les lambeaux.
L’équilibre longitudinal est rattrapé par les ailerons latéraux.
[5]

Bilan de la journée
Remarquons qu'aucun journaliste n'a fait mention de l'incident au lancement (stabilisateur arrière endommagé) !

- Leyat a réussi un « remorquage » à la fin de la journée,
- celui-ci lui a montré que son appareil est sain et équilibré puisque le vol s'est bien passé malgré l'équilibreur arrière endommagé,
Ce qui est déjà un bilan remarquable et très positif.

- Il a compris la nécessité de changer de chariot de lancement,
- la réussite de son unique vol l'incite à choisir pour la suite un terrain d'essais plus grand,
- enfin les essais infructueux lui ont fait comprendre que la puissance de la voiture utilisée comme treuil n'était pas suffisante.

 

Deuxième journée d'essais – Dimanche 12 septembre 1909

Leyat encouragé par son vol du 23 août organise une nouvelle journée d’essais, et sûr de son fait choisit un dimanche pour assurer le maximum de publicité à l’évènement.
Cette fois les essais auront lieu dans un terrain plus vaste que « Le Plot ». Il s’agit d’un grand terrain plat entre RN 93 et Drôme (rivière) à hauteur du carrefour de la route de Laval d’Aix, lieu dit « Jalaÿs » [ou Jalais], près de Pont-de-Quart. [voir supra]

http://revuedromoise.e-monsite.com/pages/vente-au-numero.html
[Revue drômoise n° 430, décembre 1983] Je n’ai pas trouvé cette revue (info via André Beryton)
 « … Encouragé par ces premiers succès [du 23 août], M. Leyat se transporte les jours suivants dans un terrain mieux dégagé situé près de Pont de Quart, à hauteur de la route de Laval d’Aix et situé à l’ouest de la RN 93, entre celle-ci et la Drôme. »
 
[4] – Extrait de l’agenda de Gabrielle COURSANGE, âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, décédé en 1908. Mère de Paul
"12 septembre…
A 9 h. nous nous faisons conduire à Molières pour assister aux essais d’aviation de Marcel LEYAT. Il s’envole fort bien, mais impossible de se soutenir, de planer, après s’être élevé à une dizaine de mètres, il retombe. Il est convaincu que l’automobile qui lui donne l’élan n’a pas assez de force. Je souhaite que ce soit le seul motif, car c’est un garçon sérieux, modeste et travailleur qui mérite de réussir.
"

[Doc 064] Le Trait d’Union
"Planeur Type n° 2   
. Le 12 septembre 1909, l’appareil, glissant cette fois sur un monorail de 20 m, Marcel Leyat réussit quatre vols successifs.


Essais à Jalaÿs [5]
Le drapeau montre que le vent vient du Sud

En arrière-plan la route RN 93 (Die à Luc-en-Diois). Le terrain d’essais se trouve entre la route et la rivière Drôme.
Le planeur a été réparé et le chariot de lancement complètement modifié.
Le Petit Marseillais (18 septembre 1909)
On nous écrit de Die (Drôme), le 17 septembre :
Un nouvel aéroplane
Le Petit Marseillais a signalé récemment les projets d'aviation de M. Leyat. Nous venons d'avoir l'occasion de constater encore une fois la parfaite stabilité et la facilité d'évolution qui caractérisent l'aéroplane de notre concitoyen, M. Leyat, élève de l'Ecole Centrale, et dont Le Petit Marseillais a enregistré les récents et victorieux essais, le mois dernier.
Devant un public nombreux, malgré un vent violent et irrégulier, quoique le terrain du domaine Jallay, où évoluait l'aéroplane parût s'opposer à un rapide essor, M. Leyat s'est enlevé facilement à quatre reprises différentes, après un élan de quelques mètres à peine et a plané entre 5 et 15 mètres, dans un état d'équilibre parfait. Ses quatre atterrissages furent obtenus avec une merveilleuse douceur.
Ce qui caractérise avant tout l'appareil, c'est, en effet, la facilité extrême, instinctive même des manœuvres diverses.
Une heureuse combinaison des commandes utilise les mouvements naturels du pilote, qui obtient ainsi sa stabilité d'une façon inconsciente. Il est donc pratique, puisqu'il ne nécessite qu'un apprentissage superficiel et qu'il peut s'élever facilement, quelle que soit la nature du terrain.
A l'état de cerf-volant, il rendra les plus grands services à l'armée et à la marine et, de ce chef, mérite de retenir tout particulièrement l'attention des services techniques.
L'appareil mesure 7 mètres d'envergure sur 6 mètres 50 de longueur et ne pèse, sans moteur, que 38 kilos. Nous complétons en indiquant que le nouvel aviateur est le fils de M. Leyat, juge au tribunal civil de Marseille. – O. .

Essor rapide avec fort vent latéral. Un levier de commande suit les inclinaisons du corps et rétablit l'équilibre. Le mouvement du pilote est très visible ici [5]
On remarque que les ailes ne sont plus rectangulaires comme pour l'appareil dont la construction s'était achevée vers le 10-12 août.

Le planeur semble posé dans l'herbe. Les dérives sont différentes des photos précédentes [Coll. André Breyton / Jacques Leyat]

[Coll. André Breyton / Jacques Leyat]

Le planeur est sur le chariot sur rail, prêt au treuillage [Coll. André Breyton / Jacques Leyat]


 
Troisième journée d'essais – Dimanche 19 septembre 1909

Nouvelle (et dernière) journée d’essais, nouveau planeur.
Grande foule, estimée par les journalistes à 1500 à 2000 personnes
Pas de détails sur le nombre de vols.

Le terrain d'expérience
[Doc 100 – L’aviation à Die en 1900]
…Fort de ces résultats, il fait construire par M. Audra un nouveau planeur plus résistant, destiné à des vols plus importants. Avec ce nouvel appareil, il se transporte au "Lac" de Luc en Diois, ayant obtenu l'autorisation nécessaire, grâce à l'appui du Dr Magnan, alors Conseiller Général.
[En réalité le Dr Magnan a été conseiller général de Die de 1889 à 1901]
Plus grand que le "Jalaÿs" ce site permettra éventuellement des vols planés de l'ordre de 1 km


Le grand "Lac de Luc-en-Diois" [Dessin André Breyton]

"Le Lac de Luc" en 2013, vu en direction du sud (en sens inverse de la carte précédente)
L'histoire est assez singulière : en 1442 un éboulement a barré la vallée de la Drôme, entraînant la formation de deux lacs, le plus grand, en amont, était long d'environ 5 km. Le site de l'éboulement, très spectaculaire est appelé "Le Claps" .En 1804, le lac a été asséché, découvrant une plaine alluviale très plate. Cette plaine porte toujours le nom de "Lac de Luc". [6]

Le Claps (en haut à gauche) et la plaine du grand lac asséché depuis le début du XIXe Siècle [image Google Maps]
 

Vue générale du lieu dit "Le Lac" de Luc-en-Diois [3]

Le protocole de lancement est resté le même. Treuillage, mais cette fois avec un câble plus long :"câble de 9/10e de mm de 1000 m de long" dixit Leyat

Voiture treuil :  
Celle de M. Béranger, banquier à Die [Doc 008]
Ou Richard Brasier du docteur Ricato de Luc-en-Diois  [d’après Claude Guennifey, ou Leyat ?]

Le Petit Marseillais (21 septembre 1909)
On nous télégraphie de Die, 20 septembre :
Sur son planeur n° 2, qu’il essayait pour la première fois, M. Leyat a réussi du premier coup une superbe envolée dans la plaine du lac de Luc, à une hauteur de 30 à 40 mètres, devant un public de plus de 2.000 personnes.
Le nouvel appareil sortant tout récemment des ateliers de M. Audra, s’est admirablement comporté, quittant le sol après avoir roulé seulement pendant une dizaine de mètres sur un rail de lancement.
Le public enthousiaste a porté l’aviateur en triomphe. – L.

Nouveau planeur
Leyat a construit un nouveau planeur qui présente des différences sensibles avec l'appareil précédent. Ailerons agrandis, patins d'atterrissage et siège du pilote différents....
[Doc 084, chronologie Guénnifey]
« … La seconde version [du planeur] pour voler au lac de Luc pèse 37/38kg. Avec un câble de 1000 m, tiré par la voiture Richard Brasier du docteur Ricato de Luc en Diois."
En ce qui concerne les dimensions, et le poids difficile de se prononcer, les valeurs variant selon les sources. Je pense que ce nouveau planeur était plus léger et pesait 28 kg.

.
[Doc 064 – Le Trait d’Union]
Planeur type N° 3
Le 19 septembre 1909 Marcel Leyat décolle en 10 m un autre planeur sur une hauteur de 40 m et une distance de 500 m. Encore moins chargé que le précédent, il avait une surface de 21 m2 pour un poids de 28 kg seulement.


Le nouveau planeur des essais du 19 septembre

Le vol
Cette fois encore, c'est le bref compte-rendu de Gabrielle COURSANGE qui est le plus factuel.

[4] – Extrait de l’agenda de Gabrielle COURSANGE, âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, décédé en 1908. Mère de Paul
"19 septembre…
Paul est parti à 5 h. du matin pour Luc, avec Marcel LEYAT qui va y faire des essais de vol. Louise, Marie et les dames SOUBEYRAN partent à 9 h. Marcel s’élève à 30 mètres et plane sur une longueur de 300 m. Il aurait pu planer 900 m. si les assistants n’avaient pris peur et n’avaient arrêté l’automobile. Paul et Marie sont enthousiasmés…"

[Doc 008]
Journal de Die et de la Drôme samedi 25 septembre 1909
Chronique
« Notre jeune compatriote, M. Marcel Leyat, dont nous avons déjà plusieurs fois mentionné les audacieuses et heureuses tentatives d’aviation, a renouvelé dimanche dernier [soit le 19 septembre], au Lac de Luc, une expérience que l’on peut considérer comme absolument concluante.
Avec un nouvel appareil biplan, actionné par le moteur de l’auto de M. Béranger, banquier à Die, M. Leyat a exécuté à 30 mètres de hauteur environ un magnifique vol sur un parcours de plus de 300 mètres.
Il comptait parcourir une distance plus grande, lorsqu’une fausse manœuvre de l’auto fit rompre le câble auquel son appareil était relié ; par suite, M. Leyat atterrit un peu brusquement, mais la queue seule de son aéroplane fut un peu endommagée, et le jeune aviateur apparut sain et sauf, salué par les applaudissements enthousiastes du nombreux public qui assistait à son expérience. On peut évaluer à plus de 1500 le nombre de personnes qui s’étaient rendues au lac de Luc dimanche, soit par le train, soit en automobile, soit à bicyclette, soit plus simplement encore à pied – ceci pour les gens de Luc seulement… plus favorisés que les autres. -  Une véritable ovation a été faite à M. Marcel Leyat, qui a reçu les plus vives félicitations. - Nous y joignons les nôtres – bien sincèrement. »


Après le vol Leyat observe les dégâts. On ne voit pas clairement ce qui a été endommagé [Serroy - Doc 91]

Finalement, un seul vol a été réalisé puisque "M. Leyat atterrit un peu brusquement mais la queue seule de son aéroplane fut un peu endommagée".

Sur cette photo on distingue la barre de commande derrière le siège en toile du pilote.
Le planeur n'est pas sur le chariot de décollage : la photo a peut-être été prise après le vol.
Leyat a l'air circonspect devant son planeur :La toile en vrac est le résultat de quelques dégâts à l'atterrissage.
 
Gabriel ESPANET (1882-1972)
Né à Marseille, Gabrier ESPANET fait des études de médecine, puis se spécialise en chirurgie. Passionné d'aviation, il est témoin des vols de Leyat en août 1909.Enthousiasmé par la stabilité du planeur et les qualités du pilote, et Leyat acceptant de l'initier au pilotage, Espanet abandonne ses études de chirurgien et se consacrera à l'aviation dont il fera sa carrière comme pilote. .
On le retrouvera en 1913 avec Leyat chez Nieuport....
Et ensuite ?
Confiant dans les qualités de son planeur et satisfait de ses essais, Leyat va pouvoir convaincre Marius AUDRA et divers actionnaires de créer la "Société des Aéroplanes Leyat" à la fin de 1909. Cela lui permettra de construire, à la menuiserie Audra, au printemps 1910, un aéroplane, qu'il ira tester à Miramas (mai-juin 1910). .

[Dessin Réginald Jouhaud - 1991, publié dans Vieilles Plumes n° 8, 1997]
Sources documentaires

[1] Le Petit Marseillais, .28 août 1909, Gallica BnF
[2] "Curriculum vitae" , écrit par Marcel Leyat, Paris 31 décembre 1958 [Archives Jacques Leyat]. [Doc 120] Jacques Leyat est un neveu de Marcel Leyat.
[3] Archives départementales de la Drôme, Fond Audra. [Doc 162]
[4] "Essais de vol de Marcel Leyat à Die, extrait de l'agenda de Gabrielle Coursange, archives André Breyton [Doc 180]
En 1909, Gabrielle COURSANGE est âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, industriel, décédé en 1908. Mère de Paul (Paul Coursange, industriel à Die, sera le 6e actionnaire de la Société des Aéroplanes Leyat, par contrat de la fin de 1909) [Doc 119 – Statuts de la Société des Aéroplanes leyat]..
[5] "Utilité du vol remorqué, par Marcel Leyat, L'Aérophile, 15 septembre 1911 [Doc 15]
[6] "Le Claps de Luc en Diois", par Pierre Thomas sur Planète Terre .
[7] "Ut: Marcel Leyat, par Marcel Leyat, Pilote privé n° 78, 1980-6 [Doc_110]


Page créée le 09/02/2023, dernière modification 24/03/2024
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -