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Les aéroplaneurs de Die |
Eté 1909. Marcel Leyat est en vacances après avoir terminé sa deuxième année d'études à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures. Ce sera pour lui une période intense.
Dans son curriculum, écrit en 1958, Leyat dit [2]
[le premier des trois planeurs est vraisemblablement celui du printemps 1909 "planeur de Mitry" (?)]
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Ce sont ces deux mois qui nous sont contés ici. |

Un bel essor de Marcel Leyat sur son Aéroplaneur - A "Jalaÿs" le 12 septembre 1909 [3] |
Dans son édition du vendredi 27 août 1909, nous pouvons lire dans le Le Petit Marseillais : [1]
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Le lendemain samedi
28 aôut 1909, c'est au Journal de Die et de la Drôme de parler de l'évènement :
[quelques lignes manquent] |
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Evènement exceptionnel à plus d'un titre :
- Premier appareil volé dans la région
- Lancement par treuillage, c'est une première en France
Notons que Le Nord Aviation (Michel MATHIEU) réalise au même moment des petits sauts de puce par treuillage [voir Combegrasse 1922 p ] |
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Construction du premier Aéroplaneur |
Les deux planeurs de l'été 1909 on été construits chez Marius AUDRA, propriétaire d'une importante ébénisterie industrielle, à Die. |

Dessin de l'usine Audra [3]
Le planeur a été monté dans la réserve à bois de l'usine, au milieu en haut de l'image. Sur les photos ci-dessous on reconnait le grand bâtiment de l'usine et la haute cheminée. . |
Nous avons quelques dates repères précises, car Leyat a tenu sa famille au courant de l'avancement des travaux de construction du planeur. |

Le planeur en construction, encore à l'intérieur de l'atelier [7] |
Carte postale datée du 12 août, adressée à ses frères P. [Paul] et Robert. En 1909, Marcel a 24 ans, Paul en a 16 et Robert 13. Ils vivent à Marseille, rue Fongate chez leurs parents (Edouard Leyat, leur père, est juge au tribunal de Marseille). |

Le cachet de la poste n'est malheureusement pas lisible |

Verso de la carte du 12 août - cette date est en contradiction avec le verso de la carte du 15 août. Inversion des verso des cartes postales ? |
Le même jour, nouvelle carte postale adressée à Paul :
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"La voiture du docteur" : il s'agit du docteur Louis MAGNAN, de Die, qui possédait une De Dion Bouton type 1904.
L'indication de poids est très intéressante. |
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Troisième carte dont nous disposons, en date du 15 août 1909 |


Verso de la carte du 15/08
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La construction du planeur est terminée [Ailes de légende]
Marcel Leyat, de dos au premier plan |

[Extrait carte postale du 12 août] |
Premier essai |
En verso de la carte postale du 12 août 1909 :
Un premier essai du planeur dont la construction est tout juste achevée est effectué en mode cerf-volant, non monté. C'est celui dont nous avons des photos de la construction [ci-dessus]
Il y a une petite incertitude sur la date de ce premier essai : 10 ou 12 août ? Je penche pour le 12 !
Nous ne trouvons aucune mention de cet essai dans la presse locale ou régionale et nous n'avons aucune idée de l'endroit où il a pu avoir lieu. Il est étonnant que le "Journal de Die et de la Drôme" n'en ait pas parlé.
Le planeur, non monté, a-t-il été "remorqué" selon le terme employé par Leyat ? Nous l'ignorons. .
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Première sortie de l'Aéroplaneur : Marcel Leyat aux "commandes" [7] |

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Caractéristiques du planeur |
Avec l'indacation de poids donnée par Leyat dans sa carte postale du 12 août "" et son article "Utilité du vol remorqué [5] nous avons une idée assez précise de l'Aéroplaneur Leyat. Type N° 2 |
Envergure 7,5 m
Longueur totale 6,5 m
Surface portante 20 m2
Corde d'ailes 1,60 m
Entreplan 1,5 m
Masse de 36-38 kg
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Planeur tel que dessiné par Leyat en 1911 [5]
Le dessin du siège et des patins correspond à la version testé le 12 septembre (au lieu dit "Jalaÿs"
Le nombre de nervures des ailes et du stabilisateur horizontal ne correspond pas aux photos des planeurs que nous avons.
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Pour les essais du 19 septembre, Leyat construira un nouvel appareil, moins chargé que le précédent, puisqu'il ne pèse que 28 kg [5].
[voir infra pour des détails sur ce deuxième planeuir] |
Système de commande des gouvernes |
Le système de commande des gouvernes imaginé par le concepteur était très original.
Il a été présenté dans la presse en ces termes :
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Dans son édition du vendredi 27 août 1909, nous pouvons lire dans le Le Petit Marseillais : [1]
levier unique
Le lendemain samedi
28 aôut 1909, c'est au Journal de Die et de la Drôme de parler de l'évènement :
laissant à l'aviateur les mains libres |
On comprend ce système de commande en observant attentivement les photos.: |
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Barre de commande des gouvernes. A gauche sur le premier planeur, on voit la ceinture autour de la poitrine du pilote, liant la barre au dos du pilote.
On voit le faisceau de câbles reliant la barre au stabilisateur horizontal.
A droite la barre de commande derrière le siège du pilote dans le deuxième planeur.

Levier de commande fixé dans le dos de Marcel Leyat par une ceinture autour de la poitrine, laissant les mains complètement libres [3]
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Principe des vols "remorqués" |
En 1909 Leyat fut le premier en France [peut-être aussi en Europe ou dans le monde] à expérimenter avec succès un lancement par treuillage d'un planeur. Il n'utilisait pas le terme de « treuillage » mais de « vol remorqué » ce qui peut prêter à confusion.
Il faut noter que l'on des photos relativement nombreuses des planeurs mais, bizarrement, aucune photo de la voiture utilisée aménagée en treuil. |
Dans l'article "Utilité du vol remorqué" qu'il publiera dans L'Aérophile du 15 septembre 1911, [5] Leyat reviendra sur le système de treuillage qu'il a utilisé:
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Dispositif de départ sur chariot monorail pour le vol avec puissance motrice faible [5] |
Légende
1, 2 – Piquets d'amarrage 3 – Cale supportant et immobilisant la roue droite 4 – Cales des roues AV 5 – Support maintenant soulevée la roue gauche 6 – Treuil boulonné sur la roue gauche 7 – Galet de renvoi 8 – Câble de traction 9 – Monorail ; longueur 20 m 10 – Chariot de départ |
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[Le Petit Marseillais 27 août 1909]
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Premième journée d'essais – 23 août 1909
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Le mardi 23 août 1909 est le grand jour des premières tentatives de vol pour Marcel LEYAT. |
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Le lieu choisi est une prairie mise à disposition de Leyat par M. Reynaud, notaire honoraire à Die. C'est une bande de terrain de quelques 300 mètres de longueur, entre voie ferrée et R.N. 93 (actuellement départementale), au sud de Die, un peu avant Molière-Glandaz (en venant de Die), lieu dit « Le Plot ».
Emplacements déterminés et dessinés par André Beryton, sur fond de carte IGN xxx. []
En orange plein, le site du "Plot".
En hachures orange, le site de "Jalaÿs", plus grand, qui sera choisi pour la deuxième journée d'essais.
[
Automobile treuil ?
* Automobiles de Dr Magnan et de M. Villedieu (vétérinaire).
[Doc 100 / doc 008]
L'auto De Dion Bouton du docteur Magnan
[Doc 084, chronologie Guénnifey]
« … . La première version [non, la deuxième] du planeur pèse 27kg et est réalisée en 15 jours. Entoilage au papier 17g/m², il sera tiré par une voiture de Dion de 5 CV. |
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Transport vers Molières, avec la De Dion Bouton type V 1904 du Dr. Louis MAGNAN [3]
Les ailes et le stabiliisateur horizontal ne sont pas entoilés ??
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La presse locale et nationale se fait rapidement l'écho de ces essais.
[Doc 100 - L'aviation à Die en 1900]
[Doc 005]
[Doc 174 La Dépêche du Midi 30 août 1909]
[Doc 064] Le Trait d'Union
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23 août 1909 – Essai au Plot [Doc 162 - Fond Audra – Archives Drôme] Le chariot monoroue pour le décollage
Le terrain d'essais est en bordure de la RN 93 (que l'on voit en arrière-plan), au lieu dit Le Plot. Le planeur est tourné vers le Sud. |
Un témoin oculaire de l'évènement, Mme Gabrielle COURSANGE, rend compte de l'évènement en termes beaucoup plus mesurés, et sans aucun doute plus proches de la réalité ! {4]
"" |
Deux ans plus tard, Marcel Leyat publiera un article dans l'Aérophile, avec la seule photo du planeur en vol (et endommagé) que nous ayons trouvée. [5]
Remarquon que dans les comptes-rendus des journaux de l'époque il n'est jamais question de l'incident survenu au décollage. |
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L’aéroplane remorqué ou « aéroplaneur Leyat » en plein vol, effectué avec l’équilibreur arrière complètement brisé, on en voit les lambeaux.
L’équilibre longitudinal est rattrapé par les ailerons latéraux. [5]
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Bilan de la journée
Remarquons qu'aucun journaliste n'a fait mention de l'incident au lancement (stabilisateur arrière endommagé) !
- Leyat a réussi un « remorquage » à la fin de la journée,
- celui-ci lui a montré que son appareil est sain et équilibré puisque le vol s'est bien passé malgré l'équilibreur arrière endommagé,
Ce qui est déjà un bilan remarquable et très positif.
- Il a compris la nécessité de changer de chariot de lancement,
- la réussite de son unique vol l'incite à choisir pour la suite un terrain d'essais plus grand,
- enfin les essais infructueux lui ont fait comprendre que la puissance de la voiture utilisée comme treuil n'était pas suffisante. |
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Deuxième journée d'essais – Dimanche 12 septembre 1909 |
Leyat encouragé par son vol du 23 août organise une nouvelle journée d’essais, et sûr de son fait choisit un dimanche pour assurer le maximum de publicité à l’évènement.
Cette fois les essais auront lieu dans un terrain plus vaste que « Le Plot ». Il s’agit d’un grand terrain plat entre RN 93 et Drôme (rivière) à hauteur du carrefour de la route de Laval d’Aix, lieu dit « Jalaÿs » [ou Jalais], près de Pont-de-Quart. [voir supra] |
http://revuedromoise.e-monsite.com/pages/vente-au-numero.html
[Revue drômoise n° 430, décembre 1983] Je n’ai pas trouvé cette revue (info via André Beryton)
« … Encouragé par ces premiers succès [du 23 août], M. Leyat se transporte les jours suivants dans un terrain mieux dégagé situé près de Pont de Quart, à hauteur de la route de Laval d’Aix et situé à l’ouest de la RN 93, entre celle-ci et la Drôme. »
[4] – Extrait de l’agenda de Gabrielle COURSANGE, âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, décédé en 1908. Mère de Paul
"
[Doc 064] Le Trait d’Union
"Planeur Type n° 2
. Le 12 septembre 1909, l’appareil, glissant cette fois sur un monorail de 20 m, Marcel Leyat réussit quatre vols successifs. |

Essais à Jalaÿs [5]
Le drapeau montre que le vent vient du Sud
En arrière-plan la route RN 93 (Die à Luc-en-Diois). Le terrain d’essais se trouve entre la route et la rivière Drôme.
Le planeur a été réparé et le chariot de lancement complètement modifié. |
Le Petit Marseillais (18 septembre 1909)
On nous écrit de Die (Drôme), le 17 septembre :
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Essor rapide avec fort vent latéral. Un levier de commande suit les inclinaisons du corps et rétablit l'équilibre. Le mouvement du pilote est très visible ici [5]
On remarque que les ailes ne sont plus rectangulaires comme pour l'appareil dont la construction s'était achevée vers le 10-12 août.
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Le planeur semble posé dans l'herbe. Les dérives sont différentes des photos précédentes [Coll. André Breyton / Jacques Leyat] |

[Coll. André Breyton / Jacques Leyat] |

Le planeur est sur le chariot sur rail, prêt au treuillage [Coll. André Breyton / Jacques Leyat] |
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Troisième journée d'essais – Dimanche 19 septembre 1909 |
Nouvelle (et dernière) journée d’essais, nouveau planeur.
Grande foule, estimée par les journalistes à 1500 à 2000 personnes
Pas de détails sur le nombre de vols.
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Le terrain d'expérience
[Doc 100 – L’aviation à Die en 1900]
[En réalité le Dr Magnan a été conseiller général de Die de 1889 à 1901]
Plus grand que le "Jalaÿs" ce site permettra éventuellement des vols planés de l'ordre de 1 km
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Le grand "Lac de Luc-en-Diois" [Dessin André Breyton]
"Le Lac de Luc" en 2013, vu en direction du sud (en sens inverse de la carte précédente) |
L'histoire est assez singulière : en 1442 un éboulement a barré la vallée de la Drôme, entraînant la formation de deux lacs, le plus grand, en amont, était long d'environ 5 km. Le site de l'éboulement, très spectaculaire est appelé "Le Claps" .En 1804, le lac a été asséché, découvrant une plaine alluviale très plate. Cette plaine porte toujours le nom de "Lac de Luc". [6] |

Le Claps (en haut à gauche) et la plaine du grand lac asséché depuis le début du XIXe Siècle [image Google Maps] |
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Vue générale du lieu dit "Le Lac" de Luc-en-Diois [3] |
Le protocole de lancement est resté le même. Treuillage, mais cette fois avec un câble plus long :"" dixit Leyat
Voiture treuil :
Celle de M. Béranger, banquier à Die [Doc 008]
Ou Richard Brasier du docteur Ricato de Luc-en-Diois [d’après Claude Guennifey, ou Leyat ?] |
Le Petit Marseillais (21 septembre 1909)
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Nouveau planeur
Leyat a construit un nouveau planeur qui présente des différences sensibles avec l'appareil précédent. Ailerons agrandis, patins d'atterrissage et siège du pilote différents....
[Doc 084, chronologie Guénnifey]
« … La seconde version [du planeur] pour voler au lac de Luc pèse 37/38kg. Avec un câble de 1000 m, tiré par la voiture Richard Brasier du docteur Ricato de Luc en Diois."
En ce qui concerne les dimensions, et le poids difficile de se prononcer, les valeurs variant selon les sources. Je pense que ce nouveau planeur était plus léger et pesait 28 kg.
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[Doc 064 – Le Trait d’Union]
Planeur type N° 3
Le 19 septembre 1909 Marcel Leyat décolle en 10 m un autre planeur sur une hauteur de 40 m et une distance de 500 m. Encore moins chargé que le précédent, il avait une surface de 21 m2 pour un poids de 28 kg seulement. |

Le nouveau planeur des essais du 19 septembre
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Le vol
Cette fois encore, c'est le bref compte-rendu de Gabrielle COURSANGE qui est le plus factuel.
[4] – Extrait de l’agenda de Gabrielle COURSANGE, âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, décédé en 1908. Mère de Paul
[Doc 008]
Journal de Die et de la Drôme samedi 25 septembre 1909
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Après le vol Leyat observe les dégâts. On ne voit pas clairement ce qui a été endommagé [Serroy - Doc 91]
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Finalement, un seul vol a été réalisé puisque "". |

Sur cette photo on distingue la barre de commande derrière le siège en toile du pilote.
Le planeur n'est pas sur le chariot de décollage : la photo a peut-être été prise après le vol.
Leyat a l'air circonspect devant son planeur :La toile en vrac est le résultat de quelques dégâts à l'atterrissage. |
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Gabriel ESPANET (1882-1972)
Né à Marseille, Gabrier ESPANET fait des études de médecine, puis se spécialise en chirurgie. Passionné d'aviation, il est témoin des vols de Leyat en août 1909.Enthousiasmé par la stabilité du planeur et les qualités du pilote, et Leyat acceptant de l'initier au pilotage, Espanet abandonne ses études de chirurgien et se consacrera à l'aviation dont il fera sa carrière comme pilote. .
On le retrouvera en 1913 avec Leyat chez Nieuport.... |
Et ensuite ? |
Confiant dans les qualités de son planeur et satisfait de ses essais, Leyat va pouvoir convaincre Marius AUDRA et divers actionnaires de créer la "Société des Aéroplanes Leyat" à la fin de 1909. Cela lui permettra de construire, à la menuiserie Audra, au printemps 1910, un aéroplane, qu'il ira tester à Miramas (mai-juin 1910). . |

[Dessin Réginald Jouhaud - 1991, publié dans Vieilles Plumes n° 8, 1997] |
Sources documentaires
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[1] Le Petit Marseillais, .28 août 1909, Gallica BnF
[2] "Curriculum vitae" , écrit par Marcel Leyat, Paris 31 décembre 1958 [Archives Jacques Leyat]. [Doc 120] Jacques Leyat est un neveu de Marcel Leyat.
[3] Archives départementales de la Drôme, Fond Audra. [Doc 162]
[4] "Essais de vol de Marcel Leyat à Die, extrait de l'agenda de Gabrielle Coursange, archives André Breyton [Doc 180] 
En 1909, Gabrielle COURSANGE est âgée de 68 ans. Épouse de Louis COURSANGE, industriel, décédé en 1908. Mère de Paul (Paul Coursange, industriel à Die, sera le 6e actionnaire de la Société des Aéroplanes Leyat, par contrat de la fin de 1909) [Doc 119 – Statuts de la Société des Aéroplanes leyat]..
[5] "Utilité du vol remorqué, par Marcel Leyat, L'Aérophile, 15 septembre 1911 [Doc 15]
[6] "Le Claps de Luc en Diois", par Pierre Thomas sur Planète Terre .
[7] "Ut: Marcel Leyat, par Marcel Leyat, Pilote privé n° 78, 1980-6 [Doc_110]
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Page
créée le
09/02/2023, dernière modification 24/03/2024 |
Des vieilles toiles aux planeurs
modernes © ClaudeL 2003 -
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