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L'Hélicocycle Leyat (1913-1914)

 

 

 

Dès qu'il fut libéré de ses obligation militaires, vers la fin de 1912, Marcel Leyat fut embauché par la société Astra, constructeur de dirigeables et d'aéroplanes.

Durant le printemps 1913, Henry Deutsch de la Meurthe, propriétaire de la Société Astra, décida de racheter les brevets Nieuport [après le décès de Charles Nieuport, en janvier 1913] et de détacher les activités ""aéroplanes" d'Astra (Astra conservant l'activité "dirigeables"). Une nouvelle entreprise, la Société Anonyme des Établissements Nieuport est créée, devant assurer la production d'avions dans une nouvelle usine, mise en chantier à Issy-les-Moulineaux.
Leyat n'étant intéressé que par l'aviation, quitte la société Astra pour la nouvelle société Nieuport, où il retrouve son ami Gabriel ESPANET.
Leyat ne restera que quelques mois chez Nieuport. En effet, en octobre-novembre 1913, Nieuport confie un projet d'hélicoptère à Leyat, mais ce dernier refuse arguant « ne pas vouloir travailler sur des études de machines agricoles » ,[2 p 32]

Dès ce moment, Leyat va se consacrer développement de la voiture à hélice aérienne.Il s'était intéressé à la traction par hélice aérienne avec l'étude de l'Hélicocyclette. La poursuite dans cette voie avec l'étude d'une voiture semblait somme toute naturelle, comme il le dit ci-dessous " j'ai l'idée d'un avion sans aile... en somme, une voiture à traction aérienne..."
En décembre 1913 Leyat dépose la marque HELIOCOCYCLE. [2 p 39]



Première réalisation de la voiture à hélice Leyat en 1913, prototype de l'Hélicocycle []
Marcel Leyat est au volant et son frère Robert en place passager. C'est l'unique photo connue de cette machine.
Les pièces ovoïdes sur les côtés de la carrosserie sont les échappements des deux cylindres du moteur. On note le souci de profilage aérodynamique !

Dans un curriculum vitae écrit le 31 décembre 1958, Leyat donne quelques détails sur la conception et la construction de l'Hélicocycle
« A cette époque, les accidents d'aviation qui mettaient fin aux essais des prototypes ne permettaient pas de découvrir les causes de ces catastrophes, et par conséquent d'améliorer le modèle suivant.
J'eus l'idée, alors, d'un avion sans aile, capable de rouler sur terre jusqu'à rupture ou usure de la pièce qui, en vol, entraînerait la fin tragique.
C'était un banc d'essais roulant pour groupe motopropulseur, carlingue et train d'atterrissage ; en somme, une voiture à traction aérienne.
L'étude approfondie de ce système me révéla la supériorité écrasante de la voiture à hélice sur les véhicules à propulsion par adhérence des roues au sol.
Je quittais aussitôt la maison Nieuport pour me consacrer à la voiture à hélice.
Mon prototype, dessiné en 1913, avait déjà roulé en mars 1914 avec une fourche de roue directrice provisoire, lorsque la Banque de Marseille me promit la mise en construction de deux cents voitures dès que la première aurait réussi Paris-Marseille
. »
[Curriculum vitae 1958, Archives Jacques Leyat Doc_120]


[Doc_111 – A l'aube de l'aviation, Marcel Leyat, ,Pilote Privé n° 79 juillet-août 1980 p 43-17]
« Ses recherches aéronautiques, essentiellement pacifiques, ont commencé par la partie terrestre de l'aéroplane de tourisme : la voiture à hélice dont l'intérêt lui est apparu illimité » Il va se consacrer à la réalisation de sa voiture à hélice aérienne : l'Hélicocycle. Petite voiture à 3 roues, moteur JAP, un seul exemplaire sera construit."

[in "Les automobiles à hélice - La voiture à hélice Leyat 1921", Gustave Courau, Ed. Couty, Clermont-Ferrand 1969]
" C'est à cette époque que LEYAT, après des essais d'une "Hélicocyclette" (1911-1912) [voir supra 1912 - Bicyclette à hélice], construisit sa première voiture à hélice l'Hélicocycle : type tricycle, sorte d'avion sans aile avec poste de pilotage agencé en "conduite intérieure". Cet appareil d'avant-garde (1914) suivra son constructeur au front pendant la guerre de 1914 (officier à la 42e batterie du 18e régiment d'artillerie (groupe de 120). "

Il faut toutefois noter que cette idée de voiture à hélice avait déjà été développé par De LESSEPS, avec son Aéro Auto, et Leyat ne l'ignorait pas, ayant pu conduire cette voiture unique.[voir infra]
L'apport de Leyat a été d'utiliser une hélice tractrive et surtout de produire commercialement ses voitures, certes avec un succès limité.

Le prototype de l'Hélicocycle
Leyat peut s'investir totalement dans son projet de véhicule automobile à hélice. Mais il est sans argent. Il déclarera plus tard que c'est l'argent gagné par Espanet en 1912 (16-17 juin 1912) au Circuit d'Anjou [dont il avait été déclaré vainqueur, gagnant un prix de 25.000 francs (environ 90.000 € de 2024) lui a été bien utile pour construire ses Hélicocycles. [Genty 2022 p 53]
Avec l'aide de son ami Espanet, donc, et d'un menuisier du nom de Floëchel, ouvrier de la menuiserie Audra, il construit un premier prototype.On ignore où il a été construit. La seule photo connue de ce prototype peut dater de fin 1913 ou tout début 1914, ce véhicule sommaire ayant pu être construit en quelques semaines.
A cette époque, Leyat habitait 25, rue du Parc Monsouris, en bordure du parc du même nom. On peut avancer qu'il disposait là d'un atelier suffisant pour construire son prototype et qu'il pouvait faire des essais dans le parc..

 

Le véhicule est tricycle,la roue arrière étant directrice, montée sur une fource de bicyclette.,Il n'y a pas de chassis, simplement à l'avant deux ressorts à lames comme suspension..
Le moteur JAP 2 cylindres en V.
Les roues pleines ont été étudiées lors de ses expériences menées avecl'Hélicocyclette.Sur la photo on ne distingue pas les freins sur les roues avant.
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Moteur JAP - coupe []

L'Hélicocycle 1914

[2 p 39]
Leyat a déposé la marque "HELIOCOCYCLE" en décembre 1913 comme on l'a vu précédemment.
En mai 1914,dans un prospectus publicitaire
il utilisera la dénomination « Série 21 ».
"Le tarif au 1ier mai 1914 est de 3500 francs (sans roues amovibles) et 3900 francs avec roues amovibles et roue de rechange. "
Retrouver le doc avc les prix ?

Le prototype est rapidement modifié. En effet il semble que la carrosserie ait été conservée
L'Hélicocycle est toujours tricycle, et le moteur est toujours le JAP 6 CV, entraînant une hélice de diamètre 1,40 m .
Empattement 3 m
Voie 1,3 m
Masse 150 kg
Vitesse maximale 75 km/h

La modification la plus visible concerne l'hélice carénée. Les trois roues sont équipées de freins. La fourche de la roue arrière sera remplacée..

[]

Dans l'interview de 1977, Leyat rapporte son entrevue avec le directeur de la Banque de Marseille :
"Je vous dis donc, en mars 1914, j'avais presque, je crois, je ne suis pas absolument sûr, ma voiture était presque finie, je crois même que j'avais fait un tour autour du parc Montsouris, avec une fourche d'occasion. Je suis appelé à faire une période, dans l'artillerie de côte à Toulon.
Là, je fais des étincelles, au point de vue commandant de tir. Ça a été à propos d'un concours de tir, d'artillerie de côte, où tous les officiers de l'artillerie de côte étaient convoqués à Toulon pour ça. Et là, je me suis illustré avec mon camarade, mon Major de promotion, tous les deux nous avons fait des étincelles en commandant un tir de contre-torpilleur. Ce qui prouvait que les autres officiers de réserve n'étaient vraiment pas très malins, pas très instruits, soit dit en passant.
Puis, avant de rentrer à Paris, je m'arrête 15 jours à Marseille pour me reposer, parce que j'étais tout de même très fatigué par la construction de ma voiture. C'est un gros travail de faire une voiture tout seul avec deux mécaniciens.
Je m'arrête donc un instant chez mon père qui était conseiller à la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Et j'ai l'occasion d'aller à Marseille, de revoir la fille du docteur MAGNAN, la fille de celui qui m'avait prêté sa voiture pour faire mes vols de remorqué
[à Die, en 1909], qui me fait avoir une entrevue avec le directeur de la Banque de Marseille.
Qui me dit ceci : "Faites le voyage de Paris à Marseille, nous en construirons 200". Il savait qui j'étais, par l'intermédiaire de ce docteur.
C'est encourageant, vous voyez. En effet, ma voiture avait un intérêt énorme.
Alors je rentre à Paris, je me mets à travailler dare-dare préparer ce voyage de Paris à Marseille avec ma première voiture.
"

Quelques semaines plus tard, la déclaration de la guerre mettra un terme définitif à ce projet. (mobilisation générale en France le 2 août 1914)


On peut lire sur le panneau à la fenêtre de l'Hélicocycle : "18e régiment d'artillerie, 42 ème bataillon, groupe de 120". []
A la déclaration de la guerre, Leyat, qui est sous-Lieutenant de réserve dans l'Artillerie [les élèves de l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures étaient traditionnellement versés dans l'Artillerie], est mobilisé au 18ème régiment d'artillerie, 42ème batterie, groupe de 120.
Chose étonnante : Leyat est autorisé à amener l'Hélicocycle avec lui sur le front ! Elle le suivra dans ses déplacements jusqu'à l'automne 1915.

Au front, la voiture suit son créateur dans ses déplacements, remorquée par un tracteur de canon lourd [1 p 15]
[3 p 57-58] et autres
Leyat met en avant son véhicule et fera des démonstrations pour tenter d'intéresser l'armée.
Du 20 août au 22 septembre 1915, il réalise une série d'essais, à Paris, près du Parc Montsouris, où il habitait, et sur les routes de Picardie.
En 1916 (mai) il propose à l'Armée de faire des démonstrations de son Hélicocycle comme véhicule de liaison. L'Armée ne donnera pas suite.

Modifications visibles : l'hélice n'est pas encore carénée. [3]
La fourche de la roue arrière est renforcée et un frein ajouté (?) Pots d'échappement modifiés.
 

Pièces retrouvées par Claude Guéniffey, président de Amis de l'Hélica, et Jean Ghio, qui a connu Leyat à Meursault durant son enfance, dans le grenier de la maison de Leyat en 2005.
En 2005 Jean GHIO, qui, enfant, a connu Leyat, et Claude GUÉNIFFEY, président de l'association Les Amis de l'Hélica « fouillent » le grenier de la maison de Leyat à Meursault et retrouvent des pièces de plusieurs Hélica, ainsii de de nombreeux documents et plans.
Grâce aux plans retrouvés et aux photos dont ils disposent, ils identifient les pièces suivantes de l'Hélicocycle de 1913-1914 :

Fourches de l'Hélicocycle : à gauche la fourche provisoire initiale, à droite la fourche renforcée de la version 1914
Du 16 au 24 mai 2009, Les Amis de l'Hélica, organisent au château de Citeaux, à Meursault, une exposition consacrée à Marcel Leyat, où sont présentées les pièces retrouvées en 2005.

Pièces de l'Hélicocycle - Exposition au château de Citeaux, Meursault 16 au 24 mai 2009 - Les Amis de l'Hélica
 

Après la guerre, Leyat utilisera encore des papiers à en-tête de l'Hélicocycle, après l'installation de ses bureaux quai de Grenelle. [3 p 44]
 
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Carte lettre ca. 1922 [Archives Jean Ghio]
Au salon Rétromobile 2013, à Paris, Les Amis de l'Hélica rassembleront sur un stand exceptionnel cinq Hélica de Marcel Leyat et une maquette de l'Hélicocycle 1913 pour montrer en situation les pièces retrouvées en 2005.

Maquette avec les pièces retrouvées en 2005 dans le grenier de la maison de Leyat à Meursault
Salon Rétromobile 2013 [Les Amis de l'Hélica]

Moteur JAP de l'Hélicocyle - Rétromobile 2013 [photo TautauduO2]
L'Hélicocycle modèle réduit d'Alain VASSEL

Alain Vassel, modéliste-philosophe, sur son site "Fumer la maquette", nous parle de Leyat et du modèle réduit de l'Hélicocyle qu'il a construit, fait rouler et... cassé. Modèle équipé d'un moteur construit par Alain lui-même, qu'il avait surnommé "Bayard" !.

"Depuis quelques temps, certains journaux avaient publié des photographies de l'invention d'un original nommé Marcel Leyat, qui circulait à bord d'une voiture à propulsion aérienne. Ce véhicule baptisé "Hélica" avait le mérite de la simplicité mécanique, trois roues et un moteur de motocyclette qui actionnait simplement une hélice tractive protégée par un grillage. Ce n'était pas un engin destiné à la montagne, mais en plaine cela fonctionnait à peu près...

La "voiture" fut réalisée en tôle fine d'aluminium et avec ses fenêtres découpées et sa couleur jaune elle avait une très belle allure. "Bayard" [le moteur] trôna pour la première fois sur un véhicule. Comme nous maîtrisions parfaitement la commande et la puissance motrice, les premières minutes furent enchanteresses, pour la première fois au monde sans doute, un véhicule modèle réduit actionné par un moteur à explosion, pouvait être piloté à distance. La vitesse atteinte était très impressionnante nous étions euphoriques devant une telle sensation de puissance, mais cela ne dura pas. Après quelques tours de piste prudents, notre pilotage se fit plus brutal au mépris des principes mécaniques les plus simples et soudain, alors que j'avais pris les commandes, dans un virage un peu brusque, l'Hélica partit en tonneaux et fit une immense cabriole qui sembla ne jamais s'arrêter. C'était notre premier "accident" de modélisme, il nous laissa pantois, nous n'avions pas pensé que cela pouvait arriver! Nous étions dépassés par la vélocité de l'engin et ce n'était pas notre expérience de "navigateurs à deux à l'heure" qui avait pu nous préparer! L'euphorie laissa place à la consternation, nous avions percuté brutalement le mur de la vitesse et notre jouet était cassé... "

Autres réalisations antérieures
D'autres inventeurs, avant Marcel Leyat, avaient expérimenté des voitures à hélice aérienne.
L'Aéro Auto de Bertrand de Lesseps
Citons Bertrand de Lesseps, fils du célèbre Ferdinand de Lesseps, que Leyat connaissait bien, puisqu'un film de Gaumont Actualités le montre au volant de ce véhicule. en 1912
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Un film Gaumont Actualités montre Marcel Leyat au volant de l'aéro-auto de Bertrand de Lesseps
Ferdinand de Lesseps est le passager

Le traineau automobile à hélices de Paul de Lesseps, avec Bertrand de Lesseps [Agence Meurisse 1912 [Gallica BnF]
La voiture a été testée en traineau à Pontarlier (Jura)
Héliox 1910
Unique photo de cette machine, d'origine inconnue. L'année n'est pas confirmée.
Pour des raisons de gain de poids, la carosserie est une structure en bois entoilée

[Origine inconnue]
En 2022, une réplique de ce véhicule réalisée par Pierre Coutant de "L'Atelier de la Belle Epoque" a été présentée au Vintage Revival Montlhéry

La réplique de l'Héliox au VRM 2022
Sources documentaires

[1] Les véhicules hors série, Jacques Borgé & Nicolas Viasnoff, Ed. Balland 1976 [Doc_118] L'essentiel du texte est repris de Courau !
[2] Marcel Leyat, pionnier de la voiture à hélice, Clément Genty, Editions Universitaires de Dijon, 2021 [Doc_200]
[3] Les voitures à hélice Leyat, Clément Genty, Antiques Autos, 2022 [Doc_201]


Page créée le 22/03/2024, dernière modification 05/03/2026
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -