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Dewoitine et Barbot à Superbagnères
Septembre 1922
 

 

Après la cloture du Congrès expérimental de Combegrasse (6 au 20 août 1922) quelques concurrents dont le planeur était encore en état de vol (très exactement quatre : Lucien BOSSOUTROT, Lucien COUPET, Gustave DOUCHY et Georges BARBOT) se transportèrent au Puy de Dôme pour tenter de remporter le Prix de Clermont-Ferrand, prix récompensant le pilote qui pourrait parcourir la plus grande distance, en décollant du sommet du Puy-de-Dôme. Le jeudi 24 août, Le prix fut gagné par DOUCHY sur le planeur Potez, avec une distance de 5 km. 850 (pour 800 mètres de dénivellation), mais c'est Georges BARBOT, avec le planeur Dewoitine n° 5 qui réalisa le vol le plus long avec un temps de 8 minutes 56 secondes,


Geroges BARBOT (à droite) appuyé contre le planeur Dewoitine "Mouillard" [n° 5 pour le congrès de Combegrasse
] après son vol depuis le sommet du Puy de Dôme (en arrière-plan)
A sa droite, BASTIDE, son aide mécanicien attitré. Les autres personnages sont inconnus. [Le Miroir des Sports ?]

La reproduction des articles publiés dans La Dépèche du Midi nous reproduisons intégralement cet article.
LE PRIX DE LA DÉPÈCHE DU MIDI

Dans son édition du Lundi 4 septembre 1922, le quotidien régional toulousain La Dépêche du Midi annonce le projet de tentative de record de durée de Georges BARBOT, à Superbagnères, et la création d'un prix de 500 francs.

LE VOL A LA VOILE - Encourageons ceux qui, demain peut-être, sans moteur, donneront à l'homme des ailes
Toulouse, 3 septembre
« [Après Combegrasse] …Nos pilotes ne restent pas non plus inactifs. C'est ainsi que l'infatigable pionnier du vol sans moteur, notre compatriote Barbot, espère prendre bientôt une heureuse revanche de sa malchance au congrès de Clermont-Ferrand. Défavorisé par un temps peu favorable et par un accident banal qui immobilisa pendant plusieurs jours son appareil, BARBOT ne put faire mieux, en concourant pour le prix de la ville de Clermond-Ferrand, que de s'adjuger le record français de durée, avec 8' 56". Mais ce vol, au cours duquel il réussit un palier de 3 minutes à plus de 50 mètres de hauteur au-dessus de son point de départ, lui permit de se rendre compte des brillantes qualités de voilier de son appareil Dewoitine.
Aussi nous sommes heureux d'annoncer que le hardi pilote compte s'élancer d'ici peu du plateau de Superbagnères et essayer avant d'atterrir aux alentours de Luchon, de battre dans une large mesure son dernier record.
Il n'est pas rare, à Superbagnères, de rencontrer des vents de 12 à 16 mètres à la seconde. Cette vitesse étant des plus favorables pour un voilier du type Dewoitine, on peut espérer que le record français sera augmenté dans une notable proportion et que cette hardie tentative sera couronnée d'un plein succès.
A l'heure où les Allemands arrivent à tenir l'air avec leurs planeurs pendant plus de 3 heures, il serait vraiment intéressant pour notre aviation de voir notre record français se rapprocher sensiblement du record détenu par HENTZEN.
Aussi, la « Dépêche » a-t-elle créé en vue de la tentative de Superbagnères, un prix spécial de 500 francs.
Il n'est pas douteux que les nombreux sportifs que cette question intéresse ne veulent apporter, eux aussi, leur concours à cette tentative et permettre ainsi au sympathique Barbot de réaliser une performance qui offre un intérêt national.
R. D. »

Remarque : La Dépèche présente le temps de Barbot comme un record français de durée. Il faut toutefois préciser que DOUCHY, avait réalisé, le dimanche 20 août, depuis le sommet du Puy de Dôme, un vol officieux d'une durée de 9 minutes 2 secondes. [Les Ailes n° 62,du jeudi 24 août 1922]

LE SITE DE VOL - Pourquoi Superbagnères ?

Plusieurs raisons plaidaient en faveur du plateau de Superbagnères, dominant la vallée de Luchon.
Tout d'abord la proximité de Toulouse. En effet Emile Dewoitine est installé àToulouse où il a créé, en octobre 1920, la Société anonyme des avions Dewoitine (S.A.D.). Il met au point sur fonds propres, un chasseur monoplace, le D.1, répondant à un programme technique émis par la Direction de l'aéronautique. Le dossier qu'il présente est accepté et deux prototypes sont commandés en 1921. Le D.1 effectue son premier vol en novembre 1922.
Et Toulouse est à deux heures de route de Luchon.
Le plateau de Superbagnères est vaste et peut permettre de lancer aisément et sans risque un planeur au sandow.
Autre particularité très favorable : un chemin de fer à crémaillère permet de tranporter facilement personnes et matériels depuis Luchon jusqu'aux portes mêmes du Grand Hôtel, lequel venait d'être officiellement inauguré en juillet 1922.

Vue aérienne du Grand Hôtel de Superbagnères en cours d'achèvement de construction.
La voie du chemin de fer a été prolongée pour arriver aux portes mêmes de l'hôtel. []
Ces arguments n'aurait sûrement pas suffit pas à décider Dewoitine et Barbot pour Superbagnères s'il ne s'étaient pas attendu à y trouver des conditions aérologiques propices au vol sans moteur. Et ils ne venaient pas à l'aveuglette. En effet , l'aérologie du plateau avait déjà été étudiée quelques années auparavant, par un certain docteur AMANS qui, dès 1914, après une observation attentive et quelques expérimentations simples,avait signalé l'intérêt du plateau de Superbagnères pour le vol sans moteur :
« L'état du milieu est le facteur principal dans le vol à voile. Si l'atmosphère n'est pas convenable, rien à faire même avec le meilleur pilote et le meilleur appareil. Tous les jours ne sont pas convenables, ni toutes les heures dans la même journée. Chez les oiseaux les milans sont les plus matinaux, puis, s'envolent et volent successivement à une heure ou deux d'intervalle, les vautours …
Le 2 juillet 1914, j'y étudiais les vents ascendants au moyen de graines volantes et de rectangles de papier ; ils s'élevaient à 50 mètres verticalement et puis se dirigeaient, sans perdre de hauteur, vers les glaciers de Crabioules ; je finissais par les perdre de vue, et je pouvais croire, sans exagération, qu'ils tenaient l'air pendant des heures … »
. [1]
.
Le Grand Hôtel de Superbagnères vu depuis le sentier du Céciré [via Geneanet]
LE PLANEUR DEWOITINE "Mouillard"
Emile DEWOITINE et son pilote officiel Georges BARBOT, viennent avec le seul planeur en état de vol dont ils disposent : le "Mouillard" (n° 5 de Combegrasse). Rappelons que Dewoitine avait construit deux planeurs à ailes souples pour le congrès de Combegrasse : le n° 5, piloté par BARBOT et le n° 41 "Ferber" piloté par Joseph THORET, Mais ce dernier avait été accidenté au décollage lors de la première tentative de lancement.

Le Dewoitine n° 5 sur les pentes de Combegrasse [Le vol à voile et l'AFA]
Caractéristiques
Monoplan cantilever, envergure 11,25 m, surface 15,5 m2 à voilure souple.
Le profil épais (Dewoitine 50) se déforme par glissement de l’extrados sur l’intrados. Masse à vide 110 kg.
Charge alaire 13 kg/m2.
Fuselage ovoïde à multiples facettes entoilées de 4,40 m de long.

Plan 3 vues de du planeur Dewoitine "Mouoillard" [Dessin Réginald Jouhaud]
Le planeur est ici dans sa configuration initiale. Des roues seront ajoutées à Combegrasse dès les premiers vols.

Le planeur Dewoitine "Mouillard" qui portait le n° 5 lors du congrès de Combegrasse

La Dépèche parle de "l'oiseau gris". C'est la seule information trouvée sur la couleur du planeur Dewoitine. On ignore si c'était la couleur de la toile de revêtement des surfaces ou si l'appareil avait été peint.




LE SÉJOUR AU JOUR LE JOUR

Nous reprenons sans modification les articles de La Dépêche du Midi relatant les deux vols de BARBOT.

[Mercredi 13 septembre 1922]
LE VOL A LA VOILE
– La tentative de Barbot
Demain, le hardi pilote de l'appareil Dewoitine compte s'envoler de Superbagnères

« Luchon, 12 septembre 1922
L'aviateur Barbot est ici depuis 24 heures : il a monté son appareil à Superbagnères, d'où il est prêt à prendre son élan pour aller survoler la vallée de Luchon et tenter cet exploit : battre le record français de l'heure et approcher le plus possible du record allemand. Barbot a trouvé sur le plateau pyrénéen des courants de vent favorables, qu'il compte utiliser pour mener à bien sa tentative. Les circonstances atmosphériques sont, jusqu'ici, très satisfaisantes ; l'appareil es mettra à profit, et on peut tout attendre de l'habileté du pilote. La caravane de m…. anglais, qui visite en ce moment Luchon, a décidé de retarder son départ à demain pour assister à la sensationnelle expérience. C'est entre dix heures du matin et quatorze heures que Barbot prendra son vol. Il a déjà repéré plusieurs terrains d'atterrissage possibles et tout fait espérer qu'il réussira dans sa tentative. »

Le planeur monté devant le Grand Hôtel []
Vendredi 15 septembre 1922
TENTATIVE DE SUPERBAGNERES
« Luchon, 14 septembre. — L'aviateur Barbot n'a pu, en raison du mauvais temps, effectuer la tentative contre le record de l'heure avec son appareil Dewoitine ; il compte effectuer son essai demain. »

Georges Barbot (au milieu) pose devant son planeur. A sa droite Émile DEWOITINE, à sa gauche X. [doc origine L'Aérophile ??]
Les sandows pour le lancement sont déjà en place.
Samedi 16 septembre 1922
LE VOL A LA VOILE
Le record français est battu - L'aviateur Barbot, sur planeur Dewoitine, s'élance de Superbagnères et vole 20 minutes 30 secondes, gagnant le prix offert par « La Dépêche ».
« Luchon, 15 septembre. — Le temps orageux de ces derniers jours n'avait pas permis au hardi pilote de prendre son vol ; c'est Impatiemment qu'il attendait sur le magnifique plateau de Superbagnères qu'un temps favorable lui permît de réaliser sa tentative.
Enfin, ce matin, un fort vent du nord-est dégage la vallée de tout nuage et un soleil radieux semble vouloir présider aux essais.
Vers deux heures, le ciel est complètement serein et l'on amène l'oiseau gris sur le sommet du Céciré. Barbot inspecte une dernière fois ses commandes et monte dans son appareil. Les mécaniciens placent alors les sandows, qui vont projeter l'oiseau dans l'air et les tendent jusqu'à complet étirement.
Il est 2 h. 58 quand, au geste de « lâchez tout » du pilote, le gracieux avion est lancé dans le vent, face à la Maladetta. Dès son départ, favorisé par un bon vent, l'avion prend de la hauteur et s'éloigne vers Venasque. A ce moment-là une buse qui sort de la vallée du Lys s'élève au-dessus de cet oiseau inconnu et va le suivre dans ses évolutions pendant un grand moment.
L'avion vole alors dans le vent et revient vers les nombreux spectateurs dont l'émotion a fait place à une admiration intense et qui suivent l'oiseau qui se plaît à exécuter des orbes gracieuses au-dessus des excursionnistes vraiment enthousiasmés.
Barbot vole déjà depuis dix minutes quand il se dirige vers la vallée de Luchon pour en tâter les courants. Malheureusement, ces derniers sont moins favorables et l'aviateur est obligé de se contenter de faire des orbes sur la vallée de Luchon, dont les habitants se précipitent vers le terrain de football pour assister à l'atterrissage.
Très habilement, Barbot se met en ligne pour atterrir et' se pose gracieusement dans une prairie bordant les usines Dardennes et le terrain de football.
Il est 3 heures 19 quand l'avion s'arrête de rouler. Le temps officiellement chronométré par MM. Pons, de l'Automobile-Club de France ; Ruffat, du Comité des Pyrénées, et Dufrêne, de la Ligue des pilotes, porte à 20 min. 30 s. le record de durée français.
A sa descente, nous interrogeons le sympathique recordman : « je suis enchanté d avoir choisi Superbagnères pour ma tentative. Il existe dans la vallée des courants ascendants très violents qui permettent de faire réellement du vol à la voile ; du reste, ce n'est que mon premier essai et j'espère renouveler sous peu ma tentative et battre encore mon temps d'aujourd'hui. »
Nous félicitons chaleureusement le pilote qui. très modeste, reporte sur l'excellente construction de son voilier Dewoitine le mérite de sa performance. Espérons que, demain, le temps, plus favorable, lui permettra une réussite encore plus complète.
— R. D.
La Dépêche offre un nouveau prix de 500 francs à l'aviateur, si, dans sa prochaine tentative, il parvient à battre son propre record d'aujourd'hui. »
 

Le vol de Barbot aurait pu ressembler à ça [d'après La Dépèche, image Google]
Dimanche 17 septembre 1922
LE VOL SANS MOTEURS
Après l'exploit de Barbot, Le sous-secrétariat de l'aéronautique dote Luchon d'un prix de 3 000 francs

"Luchon, 16 septembre - Nous sommes informés que le sous-secrétariat à l'aéronautique vient de créer un nouveau prix de 3,000 francs, destiné au premier appareil à voile qui dépassera trente minutes de vol à Luchon. Si les circonstances atmosphériques se maintiennent favorables, il y a tout lieu de croire que Barbot haussera son record jusqu'à cette limite »
Dimanche 17 septembre 1922
LE VOL A LA VOILE
Barbot veut battre son propre record - Il compte s'envoler de nouveau dimanche après midi de Superbagnères

« Toulouse, 16 septembre - Les journaux allemands n'ont pas manqué de faire des gorges chaudes sur notre congrès de Combegrasse. Evidemment nos performances de 2, 1 et 5 minutes faisaient piètre figure auprès des 3 h 16 enregistrées par le concours de la Rhön. Aussi les journaux français en avait conclu que nous étions dans l'impossibilité de lutter avec eux et que nos constructeurs faisaient fausse route dans leurs recherches sur le vol à voile. Les spécialistes qui s'étaient rendus au concours de la Wasserkuppe en avaient rapporté une idée toute autre. Le succès des Allemands était dû, à leur avis, uniquement à la région exceptionnellement favorable et riche en courants ascendants qu'ils avaient adopté pour leurs expériences. La tentative de Barbot à Superbagnères vient de leur donner raison. En effet, tant que Barbot s'est maintenu dans les courants favorables de la vallée du Lys son appareil a constamment évolué à la même hauteur, prenant parfois de l'altitude et repassant en ondes gracieuses au-dessus de son point de départ pendant dix bonnes minutes... Si sa performance n'a pas été plus brillante c'est que Barbot a voulu s'éloigner de cette zone si favorable et tâter les autres régions de Ia vallée. II n'a trouvé au-dessus de Luchon que des « trous d'air » - et pas de courants ascendants. Aussi a-t-il été obligé d'atterrir après 21 minutes de vol. Il se peut qu'à son prochain essai s'il réussit à se rnaintenir dans les vents réguliers qu'il a rencontrés au début de sa tentative Barbot battra dans une notable proportion son nouveau record. Quant à l'appareil Dewoitine il a prouvé hier que ce voilier tout nouvellement construit est au moins égal au Wampire allemand, construit et amélioré depuis trois ans. Par un vent un peu plus fort, Barbot, qui n'en est qu'à ses premiers essais, peut espérer battre avec un peu d'entraînement, le record de Hentzen.
— R. D.
Devant le si remarquable résultat obtenu par Barbot, et en présence des précisions techniques données par l'aviateur sur la valeur du « terrain », un comité s'est immédiatement constitué sous ta présidence de M. le maire de Luchon, et qui comprend : M. Taussac, sous-préfet de Saint-Gaudens ; M. Vincent Auriol, député [et maire de Muret] ; M. Bouyonnet et le jdocteur Cazal-Gamelsy, pour faciliter au pilote une nouvelle tentative. Elle aura lieu aujourd'hui dimanche.
L'étude des courants semble dire que l'heure la plus favorable est entre midi et trois heures. L'évaporation se fait bien à ce moment, et les courants ascendants seront sensibles. Le baromètre monte régulièrement depuis deux jours et il est à peu près certain que nous aurons aujourd'hui un très beau temps.. Nous le souhaitons ardemment, car les nombreuses personnes que passionnent ces expériences du vol à voile pourront ainsi venir apporter au hardi pilote le témoignage de leur sympathie, et aussi à la ville de Luchon que ne laisse indifférente aucune tentative intéressante.
La Dépêche s'est à nouveau inscrite pour un prix de 500 francs si Barbot bat son nouveau record. »
Création d'un comité - Dotation de 3.000 francs d'André LAURENT-EYNAC sous-secrétaire d'état à l'aéronautique- Anecdote "Auriol" [1]

Georges BARBOT (1894-1988) [Les Ailes 1922-09-21]
Lundi 18 septembre 1922
Le record du vol plané - Barbot a encore volé 15 minutes
« Luchon 17 septembre – Il fait un temps délicieux, le soleil est radieux, mais pas un souffle d'air n'anime la cime des arbres. L'atmosphère ne semble pas favorable à la deuxième tentative de Barbot. Cependant, dans la matinée, des feuilles de papier lancées du haut du Céciré ont été absorbées par de forts tourbillons ascendants et se sont envolées très haut dans l'azur d'un bleu éblouissant. Vers deux heures et demie, le vent ne s'est pas levé et il est peu probable qu'il devienne plus favorable par la suite ; aussi Barbot décide-t-il de ne pas attendre davantage et fait mener le gracieux oiseau gris à son point de départ de la veille.
Vers trois heures tout est prêt et le pilote monte dans son appareil. Une dernière inspection et Barbot fait tendre les sandows ; un commandement bref du pilote, les aides lâchent le fuselage et l'avion est projeté dans l'air, dans l'axe de la vallée de la Pique.
De gracieuses orbes le ramènent pendant quelques temps à portée de son point de départ. Il est évident que les courants sont moins favorables que pour le précédent essai ; malgré cela, Barbot tâte sans succès les régions avoisinant les pentes du Céciré, mais il ne rencontre que des dépressions qui le font tanguer fortement.
Après avoir essayé en vain les vents au-dessus de Luchon, le pilote, qui voit son oiseau s'enfoncer peu à peu, cherche son terrain d'atterrissage et essaie une arrivée impressionnante et impeccable sur le terrain du golf.
Une foule innombrable envahit aussitôt le terrain et acclame l'aviateur qui n'a cependant pas l'air satisfait. Le vol a duré 15 minutes 2 secondes.
Le chronométrage a été assuré, comme la veille, par MM. Pons et Ruffat. Assistaient à l'atterrissage MM. Le Colonel Devisme, Biny, Dardenne et l'aviateur Denard.
A sa descente Barbot nous dit : « Je n'ai pas rencontré un seul des courants qui m'avaient favorisé pour ma première tentative. J'ai été secoué par de nombreux remous qui m'ont fortement gêné au cours de mon vol. »
Tous les habitants de Luchon ont manifesté leur enthousiasme en acclamant sur tout son parcours le pilote.
Une soirée de gala est donnée ce soir en son honneur ; les couleurs adoptées sont celles du Stade Toulousain que le pilote a choisies pour les danseurs et les danseuses.
L'avion, démonté, va rentrer à Toulouse pour y être revu et partira bientôt pour d'autres essais. Il n'est pas douteux que Barbot réussisse prochainement des performances intéressantes. »
 
BILAN
S'il avait été favorisé par les conditions météo, Barbot aurait très certainement atteint son objectif avoué, qui était de porter le record de durée français à plus d'une heure. Le planeur était calculé pour voler dans des vents de 10 à 15 m/s, et pendant les vols, la vitesse du vent n'a malheureusement pas dépassé 5 m/s.
Ce que La Dépêche du Midi , dans son édition du vendredi 22 septembre 1922, résume en ces termes :
"...Le monoplan de ce constructeur présente, en tous cas, des qualités exceptionnelles de planement et ses ailes d'un profil particulier, ont donné, en le sait bien des rendements supérieurs au rendement des meilleures ailes allemandes. Et si Barbot ainsi que La Dépêche le déclarait n'a pu approcher à Luchon, les 15 et 17 septembre, les records allemands, c'est uniquement à l'absence à peu près complète de vent favorable qu'on le doit... »
LE PRIX "Dewoitine"
La Dépêche du Midi - Vendredi 22 septembre 1922
TOULOUSE - LE VOL A LA VOILE
M. Dewoitine fonde un prix de 5.000 francs

« Notre compatriote M. J. Dewoitine [erreur d'initiale de prénom : E. (pour Émile) et non J.], qui a construit et mis au point l'avion sans moteur avec lequel l'intrépide pilote Barbot a battu ces jours derniers, à Luchon, le record français du vol à la voile, vient de fonder un prix de 5.000 francs pour la plus grande distance en ligne droite qui se trouvera couverte le 30 novembre prochain, sur un appareil de vol à voile.
Il en a informé officiellement l'Aéro-Club de France. M. Dewoitine, dont la généreuse initiative ne peut qu'être applaudie, demeure persuadé que l'industrie aéronautique ne peut réellement progresser que par la connaissance du vol à la voile, qui nous donnera les meilleures voilures, les meilleures gouvernes, les meilleurs trains d'atterrissage, et nous amènera à construire des avions rationnels qui ne seront plus des gaspilleurs de puissance.
Il croit, en outre, très fermement, à l'avenir particulier du vol à voile, « qui nous permettra, dit-il, l'utilisation, non seulement des courants ascendants, mais des rafales des courants horizontaux ».
Et la traversée de la Manche, dont on parle beaucoup en ce moment, lui paraît très réalisable sur un avion sans moteur. Le monoplan de ce constructeur présente en tous cas, des qualités exceptionnelles de planement et ses ailes d'un profil particulier, ont donné, en le sait bien des rendements supérieurs au rendement des meilleures ailes allemandes. Et si Barbot ainsi que la Dépêche le déclarait n'a pu approcher à Luchon, les 15 et 17 septembre, les records allemands, c'est uniquement à l'absence à peu près complète de vent favorable qu'on le doit. »
L'Aérophile 1er-15 septembre 1922 p 350 précise :
« PRIX DEWOITINE
Ce prix est de 5.000 fr. et sera attribué au pilote français qui, avant le 1er janvier 1923, aura parcouru la plus grande distance en ligne droite du point de départ au point d'atterrissage à condition que cette distance soit supérieure à 3 km. et que la tangente de l'angle de chute moyen soit inférieure à 1/13e. »
[c'est-à-dire une finesse supérieure à 13. Ce n'est pas un hasard : le P-2 avait une finesse estimée à 14.! Emile Dewoitine espérait certainement que son prix serait remporté par son propre planeur !]
Nous n'avons aucune autre information et Il ne semble pas que ce prix ait été attribué.
Barbot à Itford Hill"
Le mois suivant,BARBOT se rendra en Angleterre, pour participer, toujours avec son planeur "Mouillard", au prix du Daily Mail, à Itford Hill (16 au 21 octobre 1922).

La Dépêche du Midi - Mardi 26 septembre 1922
BARBOT PARTICIPERA AU CONCOURS INTERNATIONAL DU « DAILY MAIL »
« Toulouse, 25 septembre. — A la suite des brillants essais de Barbot à Superbagnères, le « Daily Mail », qui organise un concours international de vol à voile à Brighton, a demandé au vaillant pilote de prendre part aux épreuves qui se courront en Angleterre du 16 au 24 octobre prochain. L'infatigable pionnier du vol à voile a immédiatement promis de se rendre à cette flatteuse invitation.
Sur les instances de son ami M. Dewoitine, l'ingénieur constructeur du voilier qu'il pilotera, Barbot va se rendre à Revel avec son avion pour s'entraîner sérieusement avant son départ pour l'Angleterre.
Nous savons également que Bossoutrot et Coupet, les recordmen de Clermont-Ferrand, sont engagés dans le prix du « Daily Mail ».
Ce concours offrira un grand intérêt, car il donnera la valeur exacte de nos appareils par rapport aux constructions étrangères. Nous saurons alors si les Fokkers et les Allemands doivent leurs succès à la supériorité de leurs appareils ou s'ils sont dus au choix judicieux de leurs terrains d'expérience. D'ores et déjà, le planeur Dewoitine, qui a fait ses preuves à Combegrasse et à Superbagnères, et le courageux pilote dont on connaît la maîtrise et l'habileté, partent favoris dans cette épreuve.
Nul doute que notre recordman de durée ne profite de l'expérience pour améliorer sa performance et n'obtienne pour la France un brillant classement.
— R. D. »

Remarque : BOSSOUTROT et COUPET n'iront pas à Itford-Hill. Le seul français présent, outre BARBOT, fut Alexis MANEYROL, qui sur son Peyret Tandem remporta brillamment le Prix du Daily Mail en portant le record du monde de durée à .3 heures et 23 minutes.


L'accident de Barbot au décollage à Itford-Hill [L'Aérophile]
Malheureusement, la participation de BARBOT au concours d'Itford-Hill tourna court : Au premier lancement au sandow l'aile gauche heurta des spectateurs trop proches et le planeur s'écrasa, sans dommage pour le pilote, mais trop abimé pour pouvoir poursuivre la compétition. C'est Alexis MANEYROL qui sera le grand vainqueur de ce concours, s'adjugeant le Prix du Daily Mail pour un vol (record du monde homologué) de 3 h 22.
Barbot à Biskra

On retrouvera BARBOT à Biskra fin janvier 1923, toujours avec le même appareil. Il pourra enfin exprimer tout son talent de pilote, battant, le 31 janvier, le record de durée avec un vol de 8 h 36 min 15 sec, réalisé dans des conditions très difficiles. Malheureusement, ce record ne pourra pas être homologué, le juge officiel de l’Aéro-Club de France n’étant pas encore arrivé à Biskra !. [3]
Remarque : quelques jours auparavant (précisément le 29 janvier 1923), à Vauville, Alexis MANEYROL avait porté le record du monde de durée (officiel) à 8 h 04 min 50 sec..

Puis nous n'entendrons plus parler du Dewoitine à ailes souples "Mouillard"...


RÉFÉRENCES
[1] Quand les planeurs P1 et P2 d'Émile DEWOITINE étaient essayés et battaient des records à Superbagnères, au-dessus de Luchon, par Alain Chevalier, La Gazette n° 46, revue trimestrielle du groupe Midi-Pyrénées Association Aéronautique et Astronautique de France (3AF) .
Notons que ce titre peut nous induire en erreur car 'il n'y eut qu'un seul planeur à Superbagnères (le n° 5 "Mouillard").
[2] La Dépèche du Midi, Gallica BnF
[3] Le concours de Biskra (1923), par ClaudeL. Site "Vieilles Toiles..."
Page créée le 24/02/2023 Dernière mise à jour le 08/03/2023
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