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Dewoitine et Barbot à Superbagnères
Septembre 1922 |
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Après la cloture du Congrès expérimental de Combegrasse (6 au 20 août 1922) quelques concurrents dont le planeur était encore en état de vol (très exactement quatre : Lucien BOSSOUTROT, Lucien COUPET, Gustave DOUCHY et Georges BARBOT) se transportèrent au Puy de Dôme pour tenter de remporter le Prix de Clermont-Ferrand, prix récompensant le pilote qui pourrait parcourir la plus grande distance, en décollant du sommet du Puy-de-Dôme. Le jeudi 24 août, Le prix fut gagné par DOUCHY sur le planeur Potez, avec une distance de 5 km. 850 (pour 800 mètres de dénivellation), mais c'est Georges BARBOT, avec le planeur Dewoitine n° 5 qui réalisa le vol le plus long avec un temps de 8 minutes 56 secondes, |

Geroges BARBOT (à droite) appuyé contre le planeur Dewoitine "Mouillard" [n° 5 pour le congrès de Combegrasse
] après son vol depuis le sommet du Puy de Dôme (en arrière-plan)
A sa droite, BASTIDE, son aide mécanicien attitré. Les autres personnages sont inconnus. [Le Miroir des Sports ?]
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La reproduction des articles publiés dans La Dépèche du Midi nous reproduisons intégralement cet article. |
LE PRIX DE LA DÉPÈCHE DU MIDI |
Dans son édition du Lundi 4 septembre 1922, le quotidien régional toulousain La Dépêche du Midi annonce le projet de tentative de record de durée de Georges BARBOT, à Superbagnères, et la création d'un prix de 500 francs.
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Toulouse, 3 septembre
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Remarque : La Dépèche présente le temps de Barbot comme un record français de durée. Il faut toutefois préciser que DOUCHY, avait réalisé, le dimanche 20 août, depuis le sommet du Puy de Dôme, un vol officieux d'une durée de 9 minutes 2 secondes. [Les Ailes n° 62,du jeudi 24 août 1922]
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LE SITE DE VOL - Pourquoi Superbagnères ?
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Plusieurs raisons plaidaient en faveur du plateau de Superbagnères, dominant la vallée de Luchon.
Tout d'abord la proximité de Toulouse. En effet Emile Dewoitine est installé àToulouse où il a créé, en octobre 1920, la Société anonyme des avions Dewoitine (S.A.D.). Il met au point sur fonds propres, un chasseur monoplace, le D.1, répondant à un programme technique émis par la Direction de l'aéronautique. Le dossier qu'il présente est accepté et deux prototypes sont commandés en 1921. Le D.1 effectue son premier vol en novembre 1922.
Et Toulouse est à deux heures de route de Luchon. |
Le plateau de Superbagnères est vaste et peut permettre de lancer aisément et sans risque un planeur au sandow.
Autre particularité très favorable : un chemin de fer à crémaillère permet de tranporter facilement personnes et matériels depuis Luchon jusqu'aux portes mêmes du Grand Hôtel, lequel venait d'être officiellement inauguré en juillet 1922. |

Vue aérienne du Grand Hôtel de Superbagnères en cours d'achèvement de construction.
La voie du chemin de fer a été prolongée pour arriver aux portes mêmes de l'hôtel. [] |
Ces arguments n'aurait sûrement pas suffit pas à décider Dewoitine et Barbot pour Superbagnères s'il ne s'étaient pas attendu à y trouver des conditions aérologiques propices au vol sans moteur. Et ils ne venaient pas à l'aveuglette. En effet , l'aérologie du plateau avait déjà été étudiée quelques années auparavant, par un certain docteur AMANS qui, dès 1914, après une observation attentive et quelques expérimentations simples,avait signalé l'intérêt du plateau de Superbagnères pour le vol sans moteur : . [1] |
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Le Grand Hôtel de Superbagnères vu depuis le sentier du Céciré [via Geneanet] |
LE PLANEUR DEWOITINE "Mouillard" |
Emile DEWOITINE et son pilote officiel Georges BARBOT, viennent avec le seul planeur en état de vol dont ils disposent : le "Mouillard" (n° 5 de Combegrasse). Rappelons que Dewoitine avait construit deux planeurs à ailes souples pour le congrès de Combegrasse : le n° 5, piloté par BARBOT et le n° 41 "Ferber" piloté par Joseph THORET, Mais ce dernier avait été accidenté au décollage lors de la première tentative de lancement. |

Le Dewoitine n° 5 sur les pentes de Combegrasse [Le vol à voile et l'AFA] |
Caractéristiques |
Monoplan cantilever, envergure 11,25 m, surface 15,5 m2 à voilure souple.
Le profil épais (Dewoitine 50) se déforme par glissement de l’extrados sur l’intrados. Masse à vide 110 kg.
Charge alaire 13 kg/m2.
Fuselage ovoïde à multiples facettes entoilées de 4,40 m de long. |

Plan 3 vues de du planeur Dewoitine "Mouoillard" [Dessin Réginald Jouhaud]
Le planeur est ici dans sa configuration initiale. Des roues seront ajoutées à Combegrasse dès les premiers vols. |

Le planeur Dewoitine "Mouillard" qui portait le n° 5 lors du congrès de Combegrasse |
La Dépèche parle de "l". C'est la seule information trouvée sur la couleur du planeur Dewoitine. On ignore si c'était la couleur de la toile de revêtement des surfaces ou si l'appareil avait été peint. |
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LE SÉJOUR AU JOUR LE JOUR |
Nous reprenons sans modification les articles de La Dépêche du Midi relatant les deux vols de BARBOT.
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[Mercredi 13 septembre 1922]
LE VOL A LA VOILE
– La tentative de Barbot
Demain, le hardi pilote de l'appareil Dewoitine compte s'envoler de Superbagnères
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Le planeur monté devant le Grand Hôtel [] |
Vendredi 15 septembre 1922
TENTATIVE DE SUPERBAGNERES |

Georges Barbot (au milieu) pose devant son planeur. A sa droite Émile DEWOITINE, à sa gauche X. [doc origine L'Aérophile ??]
Les sandows pour le lancement sont déjà en place.
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Samedi 16 septembre 1922
LE VOL A LA VOILE
Le record français est battu - L'aviateur Barbot, sur planeur Dewoitine, s'élance de Superbagnères et vole 20 minutes 30 secondes, gagnant le prix offert par « La Dépêche ». |
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Le vol de Barbot aurait pu ressembler à ça [d'après La Dépèche, image Google] |
Dimanche 17 septembre 1922
LE VOL SANS MOTEURS
Après l'exploit de Barbot, Le sous-secrétariat de l'aéronautique dote Luchon d'un prix de 3 000 francs
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Dimanche 17 septembre 1922
LE VOL A LA VOILE
Barbot veut battre son propre record - Il compte s'envoler de nouveau dimanche après midi de Superbagnères
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Création d'un comité - Dotation de 3.000 francs d'André LAURENT-EYNAC sous-secrétaire d'état à l'aéronautique- Anecdote "Auriol" [1] |

Georges BARBOT (1894-1988) [Les Ailes 1922-09-21] |
Lundi 18 septembre 1922
Le record du vol plané - Barbot a encore volé 15 minutes
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BILAN |
S'il avait été favorisé par les conditions météo, Barbot aurait très certainement atteint son objectif avoué, qui était de porter le record de durée français à plus d'une heure. Le planeur était calculé pour voler dans des vents de 10 à 15 m/s, et pendant les vols, la vitesse du vent n'a malheureusement pas dépassé 5 m/s.
Ce que La Dépêche du Midi , dans son édition du vendredi 22 septembre 1922, résume en ces termes :
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LE PRIX "Dewoitine" |
La Dépêche du Midi - Vendredi 22 septembre 1922
TOULOUSE - LE VOL A LA VOILE
M. Dewoitine fonde un prix de 5.000 francs
[erreur d'initiale de prénom : E. (pour Émile) et non J.] |
L'Aérophile 1er-15 septembre 1922 p 350 précise : [c'est-à-dire une finesse supérieure à 13. Ce n'est pas un hasard : le P-2 avait une finesse estimée à 14.! Emile Dewoitine espérait certainement que son prix serait remporté par son propre planeur !]
Nous n'avons aucune autre information et Il ne semble pas que ce prix ait été attribué. |
Barbot à Itford Hill" |
Le mois suivant,BARBOT se rendra en Angleterre, pour participer, toujours avec son planeur "Mouillard", au prix du Daily Mail, à Itford Hill (16 au 21 octobre 1922). |
La Dépêche du Midi - Mardi 26 septembre 1922
BARBOT PARTICIPERA AU CONCOURS INTERNATIONAL DU « DAILY MAIL »
Remarque : BOSSOUTROT et COUPET n'iront pas à Itford-Hill. Le seul français présent, outre BARBOT, fut Alexis MANEYROL, qui sur son Peyret Tandem remporta brillamment le Prix du Daily Mail en portant le record du monde de durée à .3 heures et 23 minutes.
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L'accident de Barbot au décollage à Itford-Hill [L'Aérophile] |
Malheureusement, la participation de BARBOT au concours d'Itford-Hill tourna court : Au premier lancement au sandow l'aile gauche heurta des spectateurs trop proches et le planeur s'écrasa, sans dommage pour le pilote, mais trop abimé pour pouvoir poursuivre la compétition. C'est Alexis MANEYROL qui sera le grand vainqueur de ce concours, s'adjugeant le Prix du Daily Mail pour un vol (record du monde homologué) de 3 h 22. |
Barbot à Biskra |
On retrouvera BARBOT à Biskra fin janvier 1923, toujours avec le même appareil. Il pourra enfin exprimer tout son talent de pilote, battant, le 31 janvier, le record de durée avec un vol de 8 h 36 min 15 sec, réalisé dans des conditions très difficiles. Malheureusement, ce record ne pourra pas être homologué, le juge officiel de l’Aéro-Club de France n’étant pas encore arrivé à Biskra !. [3]
Remarque : quelques jours auparavant (précisément le 29 janvier 1923), à Vauville, Alexis MANEYROL
avait porté le record du monde de durée (officiel) à 8 h 04 min 50 sec..
Puis nous n'entendrons plus parler du Dewoitine à ailes souples "Mouillard"...
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RÉFÉRENCES |
[1], par Alain Chevalier, La Gazette n° 46, revue trimestrielle du groupe Midi-Pyrénées Association Aéronautique et Astronautique de France (3AF) .
Notons que ce titre peut nous induire en erreur car 'il n'y eut qu'un seul planeur à Superbagnères (le n° 5 "Mouillard").
, Gallica BnF
, par ClaudeL. Site "Vieilles Toiles..." |