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Leyat-Jacquemin 1934
 

A l'automne 1933, tirant les premiers enseignements des essais de l'Hélica de 1933, MM. Leyat et Jacquemin entreprirent de réaliser une machine sur les mêmes principes, mais plus achevée, plus définitive.
Le Trait d'Union [1] dans sa liste des réalisations de Marcel LEYAT, nomme cet appareil Avionnette Leyat-Jacquemin 1934.
François Jacquemin, dans Le Trait d'Union [2] dans sa liste des réalisations d'André Jacquemin lui donne le nom de AJ-5. [notons que l'auteur ne fait plus apparaître le nom de Leyat]


L'avionnette Leyat-Jacquemin de 1934 (1934) [2]
Présentation en vol à Orly en marge du Salon de l'Aéronautique, décembre 1934

Comme les précédents, cette avionnette sera elle aussi construite aux Tréfileries de Saucourt-sur-Rognon et testé par Jacquemin lui-même [André Jacquemin était propriétaire de ces tréfileries]. Les premiers réglages et essais se sont déroulés sur le terrain de Chaumont-La-Vendue le 1ier mai 1934.

Description

La machine est un monoplan parasol monoplace doté d'un fuselage plus fin que son prédécesseur et qui se termine par des empennages classiques, avec toutefois, un stabilisateur horizontal fixe, fixé surla partie fixe de la dérive [Les commandes de profondeur et roulis sont exécutées par déplacement des des ailes]. Le principe de l'aile vivante est conservé, un nouveau profil d'aile a été adopté. La voilure mobile est montée sur une cabane, dégageant complètement la vue du pilote.
Le train est toujours monotrace, selon les idées chères à Leyat, mais la roue arrière est encastrés dans le volet de dérive, donnant une grande maniabilité dans les déplacements au sol.
Des petites roues sont installées aux extrémités des demi-ailes pour faciliter les manoeuvres au sol.
[4]

Le principe des freins de piqué (ouverture des deux flancs de la dérive) adopté sur l'Hélica de 1933 a été conservé. L'appareil était de couleur rouge.
[2]


Bien que de mauvaise qualité, cette photo permet de distinguer les roues au saumon des ailes[4]

Les premiers essais ont été racontés par André Jacquemin [4]
"
La sortie du nid eut lieu le 1er mai.
Il s'agissait de « tâter » l'appareil. On l'amena sur le terrain de Chaumont-la Vendue et, tout de suite, j'accomplis quelques vols de contrôle, en ligne droite. Au bout d'une heure, la première phase de la mise au point était terminée et nous pouvions passer à la seconde.
Celle-ci consistait à régler l'incidence de l'aile. Nous nous y sommes pris d 'une façon assez originale qui nous donna d'ailleurs entière satisfaction. On posta les mécaniciens chargés d'observer le vol sur le toit du hangar et, ayant choisi une trajectoire convenable par rapport à la direction du vent, je défilais à 10 mètres de haut, au niveau des observateurs. Je fis ainsi une ligne droite de 1000 mètres par dessus un terrain qui n'est pas fameux pour des essais, puisque, en dépit de la faible longueur de cette ligne droite, l 'appareil dut voler au-dessus de boqueteaux, de tranchées, d'une butte de tir et de plusieurs routes… Quoi qu'il en soit, au bout d 'une heure et demie, tout était fini, la machine était réglée.

Malgré les excellents résultats donnés par le précédent appareil, les progrès réalisés par le second se révélèrent très considérables.
Le lendemain, j'étais en mesure de voler réellement. A 5 h 30 du matin, essence et contact. L'appareil décolle facilement en 20 mètres ; pendant six kilomètres, il vole en ligne droite au-dessus de la plaine. Tout va bien. Premier virage. L'appareil vire parfaitement.
Dès lors, le vol se poursuit normalement. Il dure vingt minutes en tout et se termine par un atterrissage sans histoire. L'appareil atterrit remarquablement bien.

Après une rapide vérification, je suis reparti à 7 heures. J'ai survolé Chaumont endormi, dans l'espoir de réveiller Pierre Scordel. le sympathique président de l'aéro-club de la Haute-Marne. Mais, soit que son sommeil fut trop profond, soit que ma « pétrolette » ne fût pas assez bruyante - elle vole sous le signe du silence- Pierre Scordel ne parut pas à la fenêtre. Alors, je suis parti plus loin ... Il faisait beau. Bologne, à 11 km, émerge des vapeurs de la Marne. En six minutes je suis sur Bologne. Je poursuis ma promenade matinale, puis je rentre à Chaumont où je me pose à 8 heures. Ce second vol a duré une heure.

Petit déjeuner rapide et, à 8 h 35, je repars pour la troisième fois, avec 19 litres d'essence dans les réservoirs. Me voici de nouveau au-dessus de Chaumont. Le président n'ouvre toujours pas ses volets. Je prends alors la direction de Saucourt. Trente quatre kilomètres m'en séparent. L'appareil les franchit en 21 minutes. Je rentre au terrain par la vallée de la Marne .- 27,5 km en seize minutes. Ce troisième vol a duré 45 minutes.

Les conclusions ?
Il y en a beaucoup. Les principales, les voici :
- J'ai constaté de gros remous et aussi que l'appareil les amortit en ondulations moelleuses comme ne pourrait pas le faire un avion à ailes fixes.
- La vitesse de croisière, avec le moteur réduit à 1900 tr/mn, sur 85 km, au-dessus de la campagne et retour au point de départ, s'est révélée de 105 km/h.
- La consommation d'essence peut être estimée à 8,7 litres aux 100 kilomètres effectifs.
Il convient de signaler, à ce propos, que l 'hélice utilisée est encore celle qui équipait l 'appareil d'expérience de l 'an dernier. Sur celui-ci, nous avons réalisé un gain de vitesse de 25 km/h avec la même hélice - la vitesse au badin s'est révélée, plein gaz, de 125 km/h - cela par des améliorations de détail peu visibles à l 'oeil pour le spectateur non averti.
Un dernier chiffre, le poids total de l'appareil à vide est de 175 kg.
» [1]


L'avionnette Leyat-Jacquemin 1934 [3]
Ce modèle diffère du type 1933 par des détails de construction et par des formes qui améliorent le rendement et la visibilité.
Le moteur est un Poinsart 1250 cm3 mais l'hélice est restée la même.
Pour ce nouvel appareil, un moteur Poinsard de 1250 cm3 et développant 20 à 25 CV a remplacé le vénérable ABC Scorpion des précédents prototypes. Le moteur est installé sur le petit plan central fixe de l'aile, ce qui, compte tenu des cylindres à plat, améliore nettement la finesse de la machine.

Caractéristiques

 


Leyat-Jacquemin 1934 - Caractéristiques [3]

Avionnette Leyat-Jacquemin 1934 - dessin 3 vues [3]
Modifications
[1]
Dans le courant de l'année 1934, nos deux inventeurs amenèrent encore quelques perfectionnements à cette machine.
En particulier, ils rendirent le pilotage de l'aile mobile automatique à l'aide d'un dispositif à ressorts.
Le schéma ci-dessous en est une illustration. L'aile est articulée en A, en avant du centre de poussée, et retenue par une bielle BC attachée sur un manche à balai DE. Un ressort R, à grande flexibilité, équilibre la traction de la bielle. En vol normal. cette traction est une fraction p=a/b.P du poids total du fuselage. En cas d' augmentation de la sustentation due, soit à une rafale ascendante, soit à une fausse manoeuvre du pilote produisant une augmentation dp de la traction p, le ressort R se détend et permet à l'aile de s'effacer. La surcharge dp, qui mesure la rafale, est absorbée par le ressort r qui ramène, par l'intermédiaire d'un câble et d'une poulie F, le levier DE dans la position normale de vol.


[5]
Voici le dispositif qui a été employé et qui est très simple. L'aile est articulée en A, en avant du centre de poussée et retenue par une bielle BC attachée sur un manche à balai DE. Un ressort R, à grande flexibilité, équilibre la traction de la bielle. En vol normal, cette traction est une fraction p = a/b.P du poids total P du fuselage. En cas d'augmentation de la sustentation due, soit à une rafale ascendante, soit à une fausse manoeuvre du pilote, produisant une augmentation dp de la traction p, le ressort R se détend et permet à l'aile de s'effacer. La surcharge dp, qui mesure la rafale, est absorbée par le ressort r qui ramène, par l'intermédiaire d'un câble et d'une poulie F, le levier DE dans la position normale de vol.

Ce dispositif permet de diminuer la consommation de carburant et de rendre le vol de l'appareil beaucoup plus souple. Il suffit de maintenir le manche DE à la main pendant le vol pour que la consommation augmente de plus de 110 % et que le pilotage de l'appareil devienne aussi désagréable que celui des avionnettes normales de même catégorie.


Principe de commande automatique de l'aile vivante [5]
Avec ce dispositif, nos deux amis prétendaient que la consommation de carburant était divisée par deux pour être réduite à 4,5 litres aux 100 km.
Ainsi équipée, les caractéristiques de cette avionnette étaient les suivantes :
- Poids total avec instruments de bord complets et parachute : 173 kg
- Vvitesse de croisière : 105 km/h
- Régime de croisière : 2150 tr/mn
- Consommation aux 100 km : 4,5 litres
- Essence : 33 litres
- Rayon d'action : 700 km
- Montée à 1000 m en 9 minutes
- Décollage par vent nul en 25 m
- Attenissage sans vent en 15 m
- Envergure: 11,3 m ;
- Longueur: 6 m
- Surface: 14 m2

L'avionnette Leyat-Jacquemin 1934 vue de 3/4 arrière [3]:.
La roue arrière est encastrée dans le volet de dérive

Avionnette Leyat-Jacquemin 1934 - Vue de profil [5]

Brevet "Perfectionnement aux avions à ailes articulées" FR791.840 de Jacquemin

De son côté Jacquemin déposera une demande de brevet le 20 septembre 1934 n° 791.840 "Perfectionnement aux avions à ailes articulées" (publié le 18 décembre 1935)
" Résumé
1° Avion à ailes articulées comportant des volets de profondeur prévus sur le fuselage, commandés par le pilote, en combinaison avec une commande manuelle des ailes qui comportent un rappel élastique tendant à les ramener dans la position qu'elles doivent ocuuper pour un vol normal par vent régulier.
2° Réalisation d'un appareil conforme à l'invention comportant un levier ou manche à balai qui, en dehors des mouvements nécessaires aux volets de profondeur, peut aussi être déplacé de manière à commander simultanément le gauchissement des ailes grâce à un dispositif différentiel d'axes rotatifs et de leviers. En combinaison avec ces mouvements, le levier agissant sur la variation d'incidence des ailes peut exercer son action, mais il tend à être replacé en position de vol régulier, par un câble passant par une poulie de renvoi et fixé en un point fixe du fuselage par l'intermédiaire d'un rappel élastique.
"
Brevet Jacquemin FR791.840 [Doc_118]

Fin de la collaboration Leyat-Jacquemin
André Jacquemin, en désaccord avec Leyat sur ce point, n'était pas du tout convaincu par le train monotrace auquel ce dernier tenait tant. En 1935, il modifie l'avionnette et installe un train avant à deux roues.

AJ-6 - Avionnette modifiée par Jacquemin, à Chaumont en 1935 [2]

André-Félix JACQUEMIN construira trois autres avions jusqu'à la déclaration de guerre : AJ-7, AJ-9 ("Girl Pat") et le biplace JT-2.
Après la guerre, il ne poursuivra pas ses inventions aéronautiques, mais se consacrera entièrement à sa tréfilerie, ce qui ne l'empêchera pas de revoler pour son plaisir à l'Aéro-Club de Chaumont dont il devint tout à la fois le président d'Honneur et le « grand-père volant » jusqu'à l'âge de 84 ans [2]

Pour Marcel LEYAT, l'avionnette de 1934 fut sa dernière réalisation dans le cadre de sa collaboration avec André-Félix JACQUEMIN, et aussi dans ses activités aéronautiques. .
 
Sources documentaires

[1] Les constructeurs français : Marcel Leyat, Le Trait d'Union n° 229 [Doc_064]
[2] André Jacquemin, inventeur, Le Trait d'Union n° 216, 2004 [Doc_199]
[3] La 5 CV de l'air, L'Aérophile Salon 1934, décembre 1934 [Doc_051]
[4] Un nouvel appareil Leyat-Jacquemin révèle d'intéressantes qualités, Les Ailes n° 675, 24 mai 1934 [Doc_049]
[5] Le coefficient de tringueballage, par Marcel Leyat, Les Ailes n° 697, 25 octobre 1934 [Doc_050]
[x] Perfectionnements aux appareils de locomotion aérienne, terrestre ou marine, Brevet 723.741 déposé par Marcel LEYAT le 13 décembre 1930 [Doc_040]

Page créée le 07/03/2024, dernière modification 05/04/2024
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -