Accueil
Louis PEYRET (1881-1933)
 

 

Louis Jean Augustin Peyret est né le 23 mars 1881, à Laudun l'Ardoise [village à quelques kilomètres au sud de Bagnols-sur-Cèze] dans le Gard, d’un père sabotier devenu ensuite tonnelier. Il fréquente l'école primaire de son village, et s'intéresse déjà au vol des oiseaux. Adolescent, il construit et fait voler des cerfs-volants puis des modèles réduits de planeurs, A l'école primaire supérieure et professionnelle de Bagnols sur Cèze, il est un élève brillant, passionné par la mécanique et les mathématiques, et à 15 ans il rêve déjà de construire un vrai aéroplane.
Il aurait souhaité poursuivre ses études aux Arts et Métiers, mais son père a besoin de lui à la tonnellerie, et interrompt ses études. De son travail avec son père, il retirendra une solide connaissance du travail du bols.


Louis PEYRET (ca. 1920)

Les années de service militaire

Le service militaire le libère de la tutelle de son père. Il est affecté comme simple soldat au 25e bataillon de sapeurs aérostiers de Versailles, commandé par le Colonel Auguste Hirschauer : hasard ou choix, on l'ignore, mais le jeune incorporé ne pouvait rêver mieux !
Le sapeur Peyret est repéré par le Colonel Charles RENARD, polytechnicien, qui a créé en 1877, l'Etablissement central de l'aérostation militaire, à Chalais-Meudon [n1]. Peyret est donc détaché à Chalais-Meudon, pour y mener des recherches sous la direction du Colonel Renard.

A Chalais, Peyret rencontre le Sergent Louis PAULHAN, un autre passionné, avec lequel il va sympathiser pour former une équipe talentueuse.

Lorsque le 9 Mai 1904, le Capitaine Ferdinand FERBER est nommé directeur adjoint du centre d'aérostation militaire, il prend rapidement Peyret et Paulhan dans son équipe et Peyret deviendra son collaborateur le plus proche.
Le tandem Peyret-Paulhan mènent des recherches sur les planeurs et testent des solutions en construisant des modèles réduits. En 1905, ils particieront au premier concours d'aviation [Concours des Modèles Réduits] organisé par l'Aéro-Club de France, sous l'impulsion de propagandistes convaincus, comme Ernest ARCHDEACON. La présidence de son jury fut donnée au Colonel Renard et son secrétariat au Capitaine Ferber. Le concours s'est déroulé dans la Galerie des Machines de l'ancienne Exposition Universelle de 1889.
Le tandem Paulhan-Peyret s'inscrit pour présenter trois machines, deux sous le nom de Peyret et une sous le nom de Paulhan. L'une des machines de Peyret est un planeur, pesant 3,5 kg, de surface alaire 1,5 m2. Lancé d'un pylône de 41 m 10, le planeur se posa à 131 mètres de la base de ce pylône après un plané de 18,2 secondes. Cette performance fut récompensée d'une médaille d'argent, la plus haute récompense décernée lors de ce concours. [n3]



A Chalais-Meudon (1906 ?) : le sergent Paulhan (à gauche) et le sapeur Louis Peyret présentent leur double monoplan en tandem primé à un concours de modèles réduits [archives Musée de l’Air]

L'équipe de Ferber ne se contente pas de construire des modèles réduits, mais travaille aussi sur « un aéroplane modèle ». Ils construisent des appareils qu'ils testent grâce à la tyrolienne imaginée par le Capitaine Ferber pour leur lancement : Cette tyrolienne, construite sur une pente des collines environnant le vallon de Chalais est constituée de trois pylônes en bois, reliés entre eux par un câble tendu sur lequel glisse un chariot. L'appareil suspendu au chariot glisse le long du câble de 40 m de long incliné à 33%. En fin de course, le crochet libère l'aéroplane qui se retrouve dans des conditions optimales de vitesse pour voler.[n2]
A la fin de l'année 1904, Peyret est reconnu « pilote de planeur » avec Ferber et effectue des « planements » de plus de 40 mètres !


Préparatifs pour les essais d'un planeur double monoplan tandem construit en 1904 par Peyret et Paulhan à Chalais-Meudon
A gauche, le pied d'un pylône de la tyrolienne imaginée par le Capitaine FERBER pour le lancement des planeurs [L'Aéronautique n° 166, mars 1933] .


Les années 1905-1906

En septembre 1905, à la fin de son service militaire,Peyret a déjà acquis une solide expérience aéronautique.. Il entre avec Paulhan chez Surcouf, connu comme constructeur de dirigeables, installé rue de la Ferme à Billancourt.

Gabriel VOISIN [qui était employé par Archdeacon depuis 1904] était dèjà là, chez Surcouf, constructeur de l'hydroplaneur Archdeacon qui avait été essayé sur la Seine en juin 1905, en train de le réparer et le modifier.[n4] [J2mcL]

.Louis BLÉRIOT (qui avait assisté aux essais de Gabriel VOISIN sur la Seine, avec l'hydroplaneur « Archdeacon ») propose une collaboration à Voisin, pour ouvrir la première usine de construction d'aéroplanes. Voisin qui rongeait son frein, accepte « avec reconnaissance ».
Voisin, muni des fonds nécessaires (6.000 francs environ), propose à Surcouf de lui acheter ses ateliers récemment organisés. Ce dernier, un peu étonné d'abord de tirer profit de cette branche aéronautique dans laquelle il n'entrevoyait que dépenses, accepta, Les ateliers devinrent " ateliers Blériot-Voisin", et le sapeur Peyret, fut embauché pour les diriger.
Blériot IV

Blériot IV - Lac d'Enghien, octobre 1906 [NASM]
A plusieurs reprises en octobre 1906, le Blériot IV piloté par Voisin sur le lac d'Enghien est sur le point de décoller. Il hydroplane à 30 km/h
Blériot IVbis
Le 12 novembre 1906, doté de roues, le Blériot IVbis bimoteur effectue sa 1ère sortie sur la pelouse de Bagatelle, piloté par Louis Peyret,. L'appareil heurte une motte de terre, et, déséquilibré, se brise en deux parties. Peyret est indemne, mais la cellule du prototype est perdue.[les 12 prototypes de Blériot]

Blériot IVbis - vue d'artiste, en réalité l'appareil n'a pas décollé [Wikipedia]
Ce nouvel échec sonne le glas de la collaboration de Blériot et Voisin, des désaccords profonds entre les deux partenaires étant rapidement apparus durant l'année. Fin 1906 Charles Voisin racheta le « fond de commerce » de Billancourt à Louis Blériot. Les nouveaux propriétaires appelèrent leur firme « Les Frères Voisin ».
 
La collaboration avec Blériot (1907-1909)
Début 1907, Louis Blériot désormais séparé de Gabriel Voisin, monte son propre atelier de constructions aéronautiques, Boulevard Victor Hugo, à Neuilly-sur-Seine :" Louis Blériot, ingénieur ECP, recherches aéronautiques"
. Il engage Alfred BERTRAND comme chef d'équipe des mécaniciens et menuisiers, Louis PEYRET, comme chef d'atelier, et le jeune Louis PARAGOT, 14 ans, qui sera le premier apprenti d'aviation de l'histoire de l'aéronautique française !.
Peyret va s’imposer rapidement comme un collaborateur important pour Blériot.
Blériot V Canard
Premier appareil conçu et construit par l'équipe de Blériot à Neuilly-sur-Seine. L'appareil est construit en janvier et Blériot décide de le piloter lui-même. Les premiers essais en mars sont un échec. Le 5 avril 1907 , après avoir apporté plusieurs modifications, l'avion fait son premier bond, et il en enchaîne d'autres dans les jours qui suivent, le 8 avril il réalise un bond de 4 à 5 mètres. Le 19 avril, il s'écrase et a subi des dommages irréversibles.


Blériot V Canard [Wikipedia]

Blériot VI Libellule
Pour l'appareil suivant, PEYRET convainc Blériot de construire un double monoplan tandem, formule aérodynamique inspirée des travaux de Samuel LANGLEY qu'il connaissait bien et qu'il avait pu tester lorsqu'il était à Chalais-Meudon. Le Blériot VI "Libellule" sera construit en mai-juin 1907. Lors des premiers essais à Bagatelle,ne furent pas concluants. Après diverses modifications,. les essais reprirent sur le terrain de manœuvre d'Issi-les-Moulineaux. Ce sera le 11 juillet, qu'un vol de 25 à 30 mètres à 2 mètres de hauteur fut réalisé. Les jours suivants: 80,120, et 150 mètres. Le 6 août, Blériot réussit un vol de 143 mètres à 12 mètres au-dessus du sol..Enfin le 17 septembre il vole sur une distance de 186 mètres, mais le vol se termina par la chute du tandem : la machine n'est pas réparable. Le projet aura coûté 50.000 francs à Blériot !.


Blériot VI Libellule [wikipedia]
 
Blériot VIII à XI
En février 1908, Blériot renforce son équipe et investit toujours plus d'argent dans son entreprise d'aviation. Il doit engager les ressources du ménage, mais sa femme le soutient. Il recrute Ferdinand Collin comme mécanicien et Raymond SAULNIER comme ingénieur, puis Robert Grandseigne, chargé du montage et de la préparation des machines, lesquels viennent aider PEYRET, l'apprenti Paragot [quinze ans], Pelletier, Bertrand et Mamet. Car désormais, Blériot veut obtenir des résultats, quel qu'en soit le prix. Le Blériot VIII doit le lui permettre.

 

[5] « …Il participe également au Blériot XI dont la conception revient essentiellement à Raymond Saulnier…. »
Il construit le type XI avec lequel Blériot traversera la Manche en juillet 1909.

Ingénieur issu de l'Ecole Centrale, Saulnier est séduit par l'aviation naissante et débute comme collaborateur de Louis Blériot (mai 1908 - octobre 1909). C'est lui qui dessine l'avion qui permet à Blériot la 1ère traversée de la Manche le 25 juillet 1909.

 
 

 




1909-1922 : Peyret et Saulnier

En octobre 1909, Saulnier quitte Blériot pour fonder à Courbevoie sa propre firme : la "Société des Aéroplanes Raymond Saulnier". Peyret suit Saulnier et quitte lui aussi Blériot..

« En 1909, il suit Saulnier qui s'associe rapidement à Borel et aux frères Morane pour créer l'entreprise qui deviendra célèbre une fois que Borel aura repris sa liberté… »

Saulnier fonde à Courbevoie la Société des Aéroplanes Raymond Saulnier. Il se met au pilotage pour tester ses appareils mais, trop occupé par ses affaires, ne passe jamais son brevet de pilote. Il doit cesser son activité par manque de moyens financiers.
Fin 1910, il fait association avec Gabriel Borel représentant les avions Blériot et Léon Morane, pilote renommé des avions Blériot.
Puis, le 10 octobre 1911, il s'associe avec les frères Morane Léon et Robert, pour créer la société Morane-Saulnier.


Raymond Saulnier, ses amis d'enfance Robert Morane et Léon Morane s'associent avec Gabriel Borel, créant la Société anonyme des aéroplanes Morane-Borel-Saulnier en début de l'année 1911.
Ils construisent le monoplan Morane-Borel, qui sera piloté par Jules Védrines dans son vol Paris-Madrid du 21 au 26 mai 1911, gagnant de l'épreuve.
Le 10 octobre 1911 la « Société anonyme des aéroplanes Morane-Saulnier » est créée, lorsque Borel reprend sa liberté. Son siège social est situé à Paris et ses usines à Puteaux au n° 3, rue Volta.

Peyret reste avec Raymond Saulnier.


1913
[2] Peyret devient chef du bureau d'études de Morane-Saulnier.
[5] Il y crée en 1913 le premier parasol qui deviendra le type L et il en sera pendant près de dix ans le chef du bureau d'études, travaillant en particulier au fameux déflecteur de balle du type N, à une période d'intense activité dans tous les domaines de l'aviation.
[Wiki] De 1913 à 1921, il est chef des études chez Morane-Saulnier où s'attaque à la question du tir à travers l'hélice.
[12] En avril 1914, il participe avec Roland Garros à la mise au point du tir à la mitrailleuse à travers l'hélice d'un avion.
 
Août 1922 : Peyret à Combegrasse

En décembre 1921, lors d'un congrès exceptionnel, l'Association française aérienne (A.F.A.) décide d'organiser un concours de vol sans moteur en 1922 : ce sera, à Combegrasse, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le Premier Congrès Expérimental d'Aviation sans Moteur. Il se déroulera du 6 au 20 août 1922.

Louis PEYRET, toujours chef du bureau d'études chez Morane-Saulnier, décidé à participer à ce premier Congrès français, dessine un nouveau planeur. Il revient naturellement à sa formule favorite du double monoplan tandem. L'Alérion Tandem est construit en deux mois dans les ateliers Morane-Saulnier. Malheureusement l'appareil fut achevé trop tard pour que Peyret [inscrit sous le n° 26] puisse participer au congrès officiel. En effet, l'appareil arriva à Combegrasse, quelques jours avant la fin du Congrès et c'est seulement le 24 août que piloté par Alexis MANEYROL, il put faire son premier essai. Le meilleur essai , prometteur, sera réalisé le 27 août : "Départ du Puy de Combegrasse, Le départ est défectueux. L'appareil roule pendant 6 secondes avant de quitter le sol, perd ainsi une altitude de 50 mètres environ, parvient à décoller et vole pendant 46 secondes, parcourant 700 à 800 mètres en ligne droite. L'atterrissage a lieu au bord et au nord de la route d 'Aydat, en dessous du Puy de Charmont. Le vent, ce jour-là était nul." [Houard 1923]


L'Alérion Tandem présenté par Louis Peyret à Combegrasse - août 1922 [Le vol à voile et l'AFA, Houard 1923]
Ainsi commença la fructueuse collaboration de Louis PEYRET et Alexis MANEYROL qui allait durer jusqu'au décès de ce dernier à Lympne le 13 octobre 1923.
Octobre 1922 : Peyret et Maneyrol à Itford-Hill
 

Décollage de Maneyrol sur l'Alérion Tandem lors de son vol record - Itford-Hill, octobre 1922

Remarque : on note des différences entre le planeur de Combegrasse et celui d'Itford-Hill. Ce dernier est-il un deuxième exemplaire. C'est possible.
Peyret a peut-être quitté Saulnier après Combegrasse pour ouvrir son propre atelier s'assurant la collaboration de Maneyrol ?

[Le vol de l'aigle]
De retour à Paris, après Combegrasse, Maneyrol cherche vainement du travail [1 p 55] Apprenant la décision du Daily Mail d'organiser un concours international [date de l'annonce du concours ?] Maneyrol, resté en contact avec Peyret, convainc ce dernier de s'y inscrire. Peyret et ses assistants Lartigues et Dinner, et Maneyrol, s'installent dans un atelier au 101 de la rue Rouget de l'Isle à Suresnes et entreprennent rondement la construction d'un nouvel appareil identique à celui de Combegrasse [1 p 56]


 
 
BILAN
 
LE PRIX "Dewoitine"
 
 
Barbot à Itford Hill"
 




L'
 
NOTES

[n1] Etablissement central de l'aérostation militaire : a suivre

[n2] Gustave EIFFEL avait une idée similaire et voulait installer une tyrolienne depuis le premier étage de sa Tour, en plein Paris.
En compagnie de BURDIN,constructeur du planeur biplan n° 5, le Capitaine Ferber réussit en 1904 le premier "vol" à deux de l'histoire de l'aviation.

[n3] L'autre appareil présenté sous le nom de Peyret était propulsée par une fusée…Elle pesait 3,5 kg et avait uine surface de 1,22 m2. La machine inscrite sous le nom de Paulhan,était un aéroplane type Langley à moteur de 1,75 CV. Elle fut gratifiée d'une mention honorable. le jury ayant constaté "qu'elle vient d'être achevée et ne peut naturellement être essayée qu'à la corde. Il note qu'il est de construction soignée…»

[n4] Octobre 1905 : Archedeacon et Voisin se rendront à Amphion-les-Bains (Haute-Savoie) pour tester de nouveau (sans succès) l'hydroplaneur.

SOURCES
[1] Qde Luchon, p3AF) .
Notons que ce titre peut nous induire en erreur car 'il n'y eut qu'un seul planeur à Superbagnères (le n° 5 "Mouillard").
[2] La idi, Gallica BnF
[3] L923), par ClaudeL. Site "Vieilles Toiles..."
Page créée le 17/07/2023 Dernière mise à jour le 20/07/2023
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -