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Le congrès expérimental de Vauville (1923)
 
 


Si ce n'est l'usine de retraitement des déchcets nucléaires à l'horizon et le camping de Vauville (en bas à gauche),
la vue de l'anse de Vauville, avec le Nez de Jobourg (en haut et à gauche), ne doit pas être très différente
de ce que les pilotes du IIème Congrès Expérimental d'aviation sans moteur pouvaient observer en août 1923.
[Photo ClaudeL, juillet 2009]

LA MISE SUR PIED DU CONCOURS
[2 ]
A la fin de l’année 1922, les 23 et 24 décembre, se tient à Paris le deuxième congrès d’aviation sans moteur, organisé par l’Association française aérienne (A.F.A.), sous la présidence du Colonel Renard.
Sont réunis :

            Le Colonel Renard,
            André Carlier, président de l'A.F.A.
            Georges Houard, rédacteur en chef des Ailes
            De Monge
            Chéron
            Le Lieutenant Bares
            Le Général Dumenil
            Le Colonel René Quinton
            Le Commandant Alayrac

Brunat
Lucien Coupet, pilote
Laffont
Fabre
Félix
Constantin
Georges Abrial de Péga, ingénieur
Louis Peyret, constructeur
Alexis Maneyrol, pilote

Après avoir analysé les résultats du premier congrès expérimental qui avait eut lieu au Puy de Combegrasse en août 1922, les participants discutent l’organisation du deuxième congrès expérimental.
On statue les règlements et les prix du concours. Le choix du terrain est ensuite abordé   Après lecture de plusieurs rapports, c’est Vauville, village situé à l’extrémité du Cotentin, qui est le lieu qui semble le plus approprié. On doit cette proposition à Maurice Victor, secrétaire de l’A.F.A. et collaborateur au journal Les Ailes, qui connaît bien la région ; il signala la belle pente de Vauville exposée aux vents dominants d’ouest.
Les congressistes fixent la période d’organisation du 5 au 27 août 1923 et décident d’envoyer Peyret et Maneyrol à Vauville pour y faire quelques essais. Si ceux-ci sont concluants, Vauville sera le centre du deuxième congrès expérimental d’aviation sans moteur.


LES ESSAIS DE MANEYROL

Samedi 6 janvier
Mandatés par l'A.F.A. , arrivée du pilote Alexis Maneyrol à Cherbourg, accompagné d'André Carlier, président de l'A.F.A. et de Georges Houard, secrétaire général de l'A.F.A. et directeur du journal "Les Ailes", ainsi que de M. Victor, ingénieur chez Bréguet. Ils sont reçus au Casino par M. Hébrard. Dans l'après-midi, ils se rendent à Vauville pour reconnaître la région. Impression du pilote :
"Jeudi prochain, je ferai des essais à Vauville sur mon appareil. Je trouve la station parfaite, la distance qui nous est donnée est assez limitée, puisque c'est la petite rivière située au-dessus de Siouville qui la borne. Mais, peut-être, pourrons-nous aller plus loin. Les falaises qui existent dans cette région sont très favorables, très intéressantes. Si nous survolons Jobourg et l'anse d'Ecalgrain, nous aurons lieu d'être satisfaits. L'endroit choisi est très bon, le vent qui y règne le plus souvent est suffisant. Ce matin nous avions du 12 mètres/seconde. Le problème à chercher actuellement, c'est le vol à voile par vents horizontaux, ce que j'essaierai sur la plage à Vauville, à marée basse.

Dimanche 7 janvier
Conférence d’André Carlier à l'Omnia-Pathé de Cherbourg.
sur le futur Congrès expérimental d'aviation sans moteur qui se déroulera du 5 au 26 août. Après un rappel chronologique des évolutions du vol à voile, André Carlier aborde les points suivants :
1. Programme du meeting,
2. Les transports
3. La réfection des routes
4. Le comité de patronage
5. L'aide financière.
La séance s'achève après une projection de films Pathé et Gaumond, en espérant que Vauville devienne une école de vol à voile.

Samedi 20 janvier
Maneyrol à Vauville

L'AFA a obtenu de l'aéronautique militaire une tente hangar, qui sera édifiée à Vauville et qui permettra d'abriter le monoplan Peyret, pendant la durée des expériences. Pour faciliter celles-ci, le concours de la marine est acquis. Maneyrol va procéder à une reconnaissance aérienne des terrains où se déroulera en août, le meeting. Maneyrol va s'attaquer à quelques-uns des prix créés, à la suite de la fructueuse campagne du journal "Le Matin". Il tentera les prix Dewoitine, Franchelli et Louvet, Borel et peut-petre Bréguet.

Dimanche 21 janvier
Maneyrol à Vauville

L'absence de vent empêche Maneyrol de voler. Dans l'après-midi, un autobus de la maison R. Félix, mis à la disposition du comité de vol à voile, se rend à Vauville. Une vingtaine de voitures est également sur le lande de Vauville. A 16 h, arrivée de Maneyrol et Peyret, qui tentent de faire oublier la déception du public et afin de contenter leur curiosité, ils relèvent la toile de la tente où chacun peut contempler l'Alérion.

Lundi 29 janvier
Vol de Maneyrol de 8 h 5 m 50 s à Vauville : record du monde de durée.

Alexis Maneyrol a raconté son vol record dans la revue "Les Ailes" sous le titre « Mon premier vol sur Vauville ».
Après le record
Maneyrol est rentré à Paris le 31 janvier pour assister au banquet de l’Aéro-Club de France où on devait lui remettre une grande plaquette de vermeil. A la gare l’attendaient quelques amis, des photographes, M. Barrias, secrétaire de l’Aé.C.F., MM. André Frachet et Houard, vice-président et secrétaire général de l’Association Française Aérienne. Un chaleureux accueil fut réservé au sympathique pilote.
Maneyrol a dû repartir à Cherbourg hier ou avant-hier, emportant avec lui le fuselage d’un monoplan Peyret. Il va reviser son appareil, puis entreprendra des expériences d’ordre scientifique sur la région de Vauville. Il s’attaquera en outre à quelques-uns des prix créés en faveur du vol à voile.
Maneyrol qui a pleine confiance dans son monoplan Peyret et qui, au cours de son vol de 8 heures, a pu faire des constatations extrêmement intéressantes sur le régime des vents à Vauville, se propose d’entreprendre des expériences méthodiques sur le vol à voile. Les résultats qu’il espère obtenir pourraient bien nous étonner…
L’homme en est capable et le planeur aussi !

Jeudi 8 février
Lucien Bossoutrot visite Vauville
[3]
Le vainqueur de Combegrasse est arrivé à Cherbourg. Il devait être accompagné du constructeur Henri Farman, mais celui-ci a eu une empêchement de dernière minute. Impatient, Bossoutrot se fait conduire à Vauville par M. Hébrard fils. Malgré la tempête qui a fait rage à Vauville, le pilote est envoûté par la beauté de la région et la force des éléments. Bossoutrot se propose de venir faire des essais non pas de vol de pente car il est trouvé, mais de vol dynamique sur le "Moustique" de Farman qui se trouve actuellement à Etaples. L'appareil de Bossoutrot pesant 45 kg, tiendra aisément avec l'Alérion de Maneyrol, sous la tente installée sur la lande de Vauville.
En compagnie de M. Sadot, Bossoutrot s'est présenté à la Préfecture Maritime où il a exposé le but de ses recherches. Il tient à posséder sur le régime climatologique de la baie de Vauville, les renseignements les plus précis, afin d'assigner à ses expériences des buts bien déterminés. Le retour de Maneyrol qui est en ce moment à Paris, ne saurait tarder.
La présence des deux pilotes champions à Vauville suffirait à elle seule pour attirer définitivement l'attention du monde volant.

Mercredi 14 février
Maneyrol revient à Vauville

Revenant de Deauville où il est allé prospecter le terrain à l'occasion d'un prochain meeting d'avions et d'hydravions qui aura lieu le dimanche et le lundi de la Pentecôte (il y a été convié pour faire une démonstration de vol à voile), le pilote va se fixer pour un mois et demi à Vauville. Il y retrouve M. Lartigue, le collaborateur de Louis Peyret, occupé à achever la réparation de l'Alérion. Le fuselage de l'appareil a été remplacé et dans deux jours cet appareil sera réparé. Maneyrol va s'attaquer aux prix suivants :
1 - Prix Dewoitine : 5000 francs pour la plus grande distance parcourue par un appareil d'aviation sans moteur. Distance supérieure à 3 kilomètres. Ce prix est mis en compétition jusqu'au 31 mars 1923. Il est prévu une épreuve préliminaire de 1 km.
2 - Prix Tito Landi : 15 000 francs pour la plus grande distance parcourue en ligne droite, aller et retour, par un appareil d'aviation sans moteur. Cette épreuve sera effectuée sur un circuit fermé, comprenant deux points de virages déterminés par un concurrent. Pour que le prix soit attribué, la distance parcourue doit être d'au moins 25 kilomètres.
3 - Prix Levasseur : 15 000 francs pour la plus grande distance en ligne droite, du point de départ au point d'atterrissage. Le vol devra être effectué sur une plage française ou étrangère en dehors de la ligne des falaises du côté de la mer.

Dimanche 18 février
Maneyrol réalise un second vol de 3 km à Vauville

Dimanche 18 février. Maneyrol réalise un second vol de 3 kilomètres à Vauville. En début de matinée le vent était nul mais il se leva progressivement. Maneyrol prit le volant de la Renault du casino et partit pour Vauville. En chemin il prit M. le lieutenant Santini, M. le lieutenant de vaisseau Dauvin chargé de
chronométrer l'épreuve et d'en constater et consigner les résultats, un marin de l'aviation maritime et Gaston Falce, boxeur amateur. Ils se munissent d'un barographe, appareil exigé par les règlements de l'Aéro Club de France, pour permettre de constater en cas de vol de distance, que le trajet parcouru par l'appareil a été fait d'une seule envolée sans atterrissages successifs, si courts soient-ils. Aussitôt arrivés sur la lande, ils procèdent à la sortie du planeur.
L'opération est assez délicate, étant donné la relative fragilité du fuselage. On se rend à VAUVILLE pour trouver quelques aides bénévoles, M. Legrand, ancien maire, notamment et quelques jeunes gens auxquels se joignirent des cyclistes venus de Cherbourg. M. le lieutenant de vaisseau Dauvin prépare le barographe en le recouvrant d'une couche de noir de fumée sur laquelle à l'atterrissage on va relever une trace indiquant l'altitude de l'appareil. L'instrument de précision est placé dans son coffre que M. Dauvin scelle en présence de témoins. On amène, rapidement, l'Alérion au point de départ en amont du Grand Thot. Deux groupes de cinq personnes s'attèlent au sandow en avant et de chaque côté du planeur.
La vitesse du vent est alors de 12 à 15 mètres par seconde. Maneyrol baisse sa casquette pour coiffer le passe montagne, met ses gants fourrés et se suspend au cou l'encombrant barographe. Le pilote, souple comme un chat, saute dans l'appareil. A ce moment, quelques Cherbourgeois venus en auto, accourent vers la lande où ils auront la chance d'assister au départ. On tend les sandows puis les hommes tirent l'Alérion vers la pente, dès que le planeur s'est arraché du sol en ayant gagné quelques mètres de hauteur, on entend un cri : "Lâchez tout". L'appareil abandonne son point d'attache et s'élance résolument dans le vide. Parvenu à la hauteur des deux groupes attelés au câble, il se libère du sandow et poursuit sa route. Maneyrol s'envole, puis tente de gagner de la hauteur pour
s'attaquer au prix Dewoitine. Il est alors 13 heures 58. L'Alérion file d'un vol assuré et dont la vitesse semble augmenter. Il atteint le premier vallonnement où l'absence de courant ascendant va se manifester. Tous les vélivoles adeptes de Vauville connaissent la fameuse coupure, ou les quatre trous de Vauville, à cause de ses vallées du même nombre. On voit donc l'appareil perdre de sa hauteur, les autres vallonnements très proches qui sont sur sa route, vont encore réduire la force ascensionnelle dont il a besoin. Mais soudain, on constate avec désappointement que l'Alérion a disparu. n faut se rendre à l'évidence, Maneyrol a terminé son vol. La voiture part immédiatement dans la direction supposée où l'Alérion a dû atterrir. En route, on questionne les habitants, la plupart n'ont pas vu l'appareil. A Vauville, cependant, les passants nous désignent le lieu où l'homme volant s'est posé. C'est au bas du village, en un lieu dit "Le Petit Doué", surplombé par un coteau, au sommet duquel se dresse le prieuré saint Hermel qui inspira des artistes tels que Émile Dorée, Jean-François Millet, entre autres. L'arrivée de l'Alérion a fait sortir les gens de leurs demeures. On s'écrie: "L'avion est dans le champ des Brequettes". C'est un herbage, clos de petits murs, appartenant à M. Louis Jean. Maneyrol, très entouré, est souriant, joyeux, son Alérion est indemne."Comme à Itford Hill, commente Alexis, il s'est posé comme une fleur. Il y avait bien une grosse vache couchée dans le champ et que je faillis frôler, mais elle eut le bon esprit de ne se relever que lorsque mon appareil l'eut dépassée pour aller se poser". L'atterrissage a eu lieu à 14 heures 8 minutes. MM. Dauvin et Santini évaluent le trajet, à l'aide de la carte d'état major, à 3 kilomètres à vol d'oiseau (trois fois le parcours imposé par le règlement pour l'épreuve préliminaire).Tout le village est rassemblé autour du pilote et de son oiseau. M.le capitaine de frégate Tariel, commandant l'aviation maritime du 1 cr arrondissement, félicite le pilote, puis ils se dirigent vers l'hôtel Beau
Rivage, tenu par M. et Mme Cavellier, où un déjeuner copieux leur est servi.
M. Charles Lefllliatre, maire de Vauville, est appelé à constater l'événement qui vient de se produire sur le territoire de sa commune. Voici le texte du procès verbal :
Nous, soussignés, Lefiliatre Charles, maire de Vauville et Legrand Charles, conseiller municipal, déclarons certifier l'atterrissage de l'aviateur Maneyrol Alexis sur avion sans moteur, le dimanche 18 février 1923 à 14 heures 8 minutes. Nous avons indiqué au commissaire de l'Aéro Club, arrivé vers 14 heures 20 minutes, l'endroit exact où avait atterri l'appareil, place à laquelle il se trouvait encore à ce moment. Après quoi fut fait le présent procès verbal.
VAUVIIl.E, le 18 février 1923
Signé: Charles LEFILIATRE, maire.
Charles LEGRAND, adjoint.

Le joli village s'emplit d'une foule de Cherbourgeois, que les automobiles mises à la disposition du public, par René Félix, ont transporté sur les lieux. Mais, il faut ramener le planeur au hangar. La tache est difficile, car le monoplan en tandem Peyret mesure six mètres d'envergure, et les chemins sont bordés de haies où l'on risque d'accrocher les ailes. Il faut porter l'Alérion à dos d'hommes. Nombre d'habitants de VAUVILLE, des jeunes gens, des enfants coopèrent volontairement à cette besogne .. . épineuse. Nous parvenons au camp, qui portera dans quelques mois, le nom, à titre posthume, de Mouillard, où nous remisons le planeur. La nuit est venue, il faut rallier Cherbourg. Plusieurs voyageurs doivent attendre le retour de l'autobus, l'un d'eux improvise la chanson "Les beautés du volà voile", dont Maneyrol est le premier à rire, en fredonnant ces couplets sur l'air du pendu.

Lundi 19 février
Maneyrol retourne à Vauville pour vérifier le fonctionnement de son planeur, mais aussi consolider la tente qui, en pleine lande, est exposée aux terribles tempêtes d'hiver. Plus tard, il se rend dans le village pour remercier les Vauvillais, qui lui vinrent en aide spontanément, tant à son atterrissage qu'à la
remontée de l'Alérion. Il a exprimé ses sentiments de reconnaissance à Charles Lefilliatre, maire de la commune. Puis, Maneyrol s'exprime catégoriquement "Vauville est le meilleur champ d'expériences que les côtes françaises offrent au vol à voile". A cinq mois du congrès, la question des routes n'a toujours pas été réglée. Tous les chemins de Cherbourg à Vauville sont en mauvais état. Des tas de cailloux sont déposés tout le long de la route, les cantonniers ont reçu l'ordre de ne pas les utiliser. Il est évident qu'à l'époque, on mesurait mal l'impact d'une telle manifestation internationale.

Vendredi 23 février
Maneyrol accomplit 2 petits vols
Dès 9 heures trente, Maneyrol, l'enseigne de vaisseau Renault, le lieutenant Santini, Hébrard père et ftls, un groupe de marins, quelques journalistes et curieux arrivent au camp. Promptement, on sort l'Alérion, on attèle le sandow, on hale l'oiseau qui s'élève à une faible hauteur. Le sandow a été lâché de part et d'autre trop tôt. Le pilote n'atteint pas la hauteur désirée. Il part au nord vers la coupure de Vauville qu'il veut percer. Maneyrol fait des efforts pour prendre de la hauteur, c'est avec une aisance parfaite qu'il se meut dans les airs. Son habileté, son doigté, comme il se plait à dire, ses surs réflexes, lui permettent d'affronter, le sourire aux lèvres, les vents les plus capricieux. Arrivé au premier vallonnement, après avoir longé la lande de la Rignoletterie, Maneyrol comprend qu'il est inutile de poursuivre. Son altitude est insuffisante, il choisit alors d'atterrir dans un grand pré nommé "La haute couture", situéà deux pas du château. Maneyrol atterrit en douceur sur ce tapis vert, saute de l'Alérion et en fait le tour, c'est alors que les villageois accourent précédés d'une nuée d'enfants.
Maneyrol a volé pendant 2 minutes et effectué un peu plus de 1200 mètres. Il se met immédiatement à la recherche d'un nouveau terrain de départ. Le soleil se cache un moment et des grains menacent au loin de modifier le régime du vent. "Ca pourrait souffler dur dans un moment" dit un habitant au visage buriné par le grand vent. Le pilote regroupe matelots et aides bénévoles. Il s'en trouve toujours à Vauville, c'est merveille de voir avec quel entrain et quelle complaisance, la population, d'abord effrayée par la première expérience, s'associe aux faits et gestes du pilote et s'ingénie à lui faciliter sa tache. "Mossieu Maneyrol" est populaire ici, c'est à qui pourra se vanter de l'avoir vu voler. Maneyrol guide l'appareil supporté par dix hommes. Pour conduire l'Alérion au sommet du monticule qui domine le village du moitié, il faut traverser des champs, enjamber des barricades branlantes, puis s'engager dans la lande ou le "bouais-jan" fleurissant, déchire les jambes des marins et des aides. On décide de remettre le second vol après le déjeuner, la garde de l'Alérion est confiée aux matelots. La petite troupe redescend à Vauville où un repas a été préparé à l'hôtel Beau Rivage, point de rassemblement, où bientôt nous voyons arriver des officiers de
l'aviation. Le confortable repas servi avec diligence et amabilité, accroît l'allégresse des compagnons de Maneyrol, qui entraînés par celui ci, font de nouveau l'assaut de la lande. Le vent paraît mollir mais Maneyrol veut repartir. On tend le sandow et cette fois la manoeuvre s'exécute dans les meilleures conditions. Le lâcher est superbe, il arrache des applaudissements et des cris d'enthousiasme aux assistants. Voici l'Alérion de nouveau en l'air, il monte à 30
mètres et oblique vers le Grand Thot. "Ca gaze" crie Maneyrol joyeux. N'ayant encore p as pris une hauteur suffisante, il voit encore sa force ascensionnelle l'abandonner. L'Alérion vole bas, audacieusement, malgré l'incertitude des courants aériens, Maneyrol fait un beau virage. On le voit revenir vers son point de départ, mais soudain, l'Alérion s'incline, le pilote déçu, tente de retourner vers le Thot. Alors le spectacle menace de devenir tragique, l'Alérion
pique tout droit vers la mer. Vite, Maneyrol fait un zig zag et retourne vers la coupure de Vauville, puis descend lentement dans le pré de la Haute Couture. De jolies génisses accourent vers l'aviateur mais des Vauvillais aux aguets, interviennent. Maneyrol dit très placidement "Nous allons remonter l'Alérion au Grand Thot, puis si le vent se décide, je recommencerai". La patronne de l'hôtel Beau Rivage veut marquer l'événement, et convie gracieusement les Cherbourgeois à le célébrer le verre en main. Maneyrol n'est pas là, on l'aperçoit guidant son appareil sur la route, aidé des fidèles cols bleus. Le vent est désespérément lent. Maneyrol, à regret, renonce à la troisième expérience. Le planeur regagne sa tente et tous reprennent la route de Cherbourg. Dans son second vol,
Maneyrol a effectué un circuit de près de 4 kilomètres mais n'a couvert à vol d'oiseau que 800 mètres.

Lundi 26 février
Maneyrol bat le record de distance (7 km 850) [VP 12 p 10]
Les compagnons de Maneyrol qui sont le lieutenant de vaisseau Grabas, de l'aviation maritime, commissaire de l'Aéro Club, le lieutenant et Mme Santini, M. et Mme Pihan, marchands de galoches à Condé-sur-Noireau ont eu la bonne pensée de transporter dans leur automobile le vaillant pilote à Vauville. M. Maurice Hébrard suit la voiture dans son side-car. Le petit groupe se rend à Biville, rend une visite au maire de la commune, M. l'abbé Le Coutour, et déjeune très rapidement à l'Hôtellerie des touristes et des pèlerins. Sur la lande, Maneyrol retrouve Charles Legrand, conseiller municipal de Vauville, et quelques habitants venus pour l'aider à lancer son appareil. Le vent de sud-ouest se maintient assez fort, il atteint une vitesse moyenne de 16 mètres par seconde. On amène l'Alérion au point de départ tandis que Maneyrol se répète "Bon vent, bon vent. Il me faut le prix Dewoitine". La préparation du lancement est réalisée en un clin d'oeil. Convoi de l'appareil, plantation des piquets, ftxation et tension du sandow sont exécutés en un quart d'heure. Le départ est superbe, l'Alérion monte tout de suite à une hauteur de 30 à 40 mètres. Il est alors 13 heures Il minutes au chronomètre de M. Grabas. Maneyrol s'efforce d'abord de prendre de la hauteur, précaution indispensable pour affronter les fameuses coupures. Arrivé à environ 100 mètres d'altitude, il se dirige vers le fameux trou de VAUVILLE, mais déjà on le voit s'abaisser. Avec une dextérité incomparable, Maneyrol revient vers son point de départ, se met bien en face du vent et, les mains crispées à son manche à balai, il s'élève et cette fois atteint une altitude de 150 mètres. Sa tactique en face du vent n'est plus semblable à celle des précédentes expériences. Au lieu de rester à flanc de coteau, il se dirige vers la mer et la survole jusqu'à hauteur du fâcheux trou. Il franchit l'obstacle en fléchissant légèrement et reprend
immédiatement de la hauteur après son passage. Le voici de nouveau en face du vent, reprenant son souffle pour avoir, tout à l'heure, raison d'autres coupures non moins scabreuses. Des témoins de cette première partie de vol, lm seul, Maurice Hébrard, se lance en side-car à la poursuite de l'Alérion. Les autres attendent le passage à Vauville et ne consentent à partir à leur tour, que lorsqu'ils voient le planeur s'élever au-dessus des falaises en direction de
Herqueville. A ce moment, nouvelle menace de chute de l'appareil qui, cependant, reprend son équilibre puis monte, monte encore et me en direction de Jobourg. Les spectateurs ment à toute vitesse vers le point, où il semble que l'atterrissage va se produire. Leur passage à Vauville est marqué par des cris d'enthousiasme de la population, à la tête de laquelle on voit le maire et le curé "II est passé, il va". A Herqueville, même accueil, des cris de joie, une
exaltation débordante. Puis quelqu'un apporte la nouvelle "Il a disparu tout à coup à Jobourg". L'auto prend la route de Jobourg. On aperçoit, alors, l'avion posé à 20 mètres de la falaise près du village de Thiébot. M. Hébrard est près de Maneyrol qui sourit, mais ne peut s'empêcher de dire "Sans ce maudit tourbillon, je faisais 15 kilomètres au moins". C'est donc un tourbillon formidable qui a plaqué l'Alérion sur le sol. La position du planeur à faible distance de la falaise est des plus curieuses, la queue de l'appareil est posée sur un mur et l'avant est au bord d'une source.
Maneyrol ne peut s'empêcher de rire en contemplant ce spectacle sans penser à la catastrophe qu'il vient d'éviter.
Cependant, il faut ramener l'Alérion à son point de départ. Maneyrol juge bon de le démonter pour faciliter son transport.Après une pareille épreuve, l'Alérion a besoin d'être vérifié. Quant au pilote, vainqueur du prix Dewoitine, il estime avoir droit à un repos bien mérité. "Après un peu de repos, je reviendrai. Le planeur Peyret est le roi des Alérions. Sa stabilité est parfaite, ses commandes agissent à merveille. C'est une vraie mouette, cet appareil là. Avec lui, j'aurai raison de toutes les coupures, même de celle qui m'a encore obligé à atterrir un peu trop tôt. Sans ce tourbillon, je planais jusqu'à Auderville. Je l'aime votre Hague et je tiens à la visiter. li y a de beaux jours pour le volà voile à Vauville et aux environs". Le vol a duré 41 minutes dont 16 minutes de préparation : ascension,
mouvements en vue de tâter le vent, retour au point de départ et nouvelle ascension. Le voyage de VAUVILLE à Jobourg, qui a mis Maneyrol en face l'îlot des rochers "Les Brequets", a duré exactement 25 minutes. La distance exacte parcourue est de 7 kilomètres 850. Ces mesures ont été contrôlées par le lieutenant
cie vaisseau Grabas. Il faut noter aussi que le monoplan Peyret a atterri en un point cie Il mètres plus élevé que le point de départ du Grand Thot. Puis Maneyrol reprend "Le résultat n'est pas aussi bon que je l'eusse désiré. Mon planeur va être revu, une aile est à rentoiler. Et puis je recommencerai, j'ai doublé le trou de Vauville, j'en franchirai d'autres. Il est difficile d'imaginer un plus fâcheux carrefour. Ce vol fut, n'en doutez pas, une très intéressante expérience que je désire faire suivre de beaucoup d'autres". L'excellent Maneyrol peut se flatter encore une fois d'être chanceux. Délaissant Biskra, il consacre VAUVILLE de façon défmitive, en tant que champ d'expériences de grande valeur pour le vol à voile. Dans quelques mois, un autre grand de l'aviation sans moteur, réitérera ce parcours clans des conditions analogues mais où la fm sera plus dramatique. Il m'a paru nécessaire de relater avec le plus d'exactitude possible ce début d'année 1923, car il s'agit là des riches heures du vol à voile et de Vauville, qui est à la une de tous les journaux.
A ce moment de l'année on pouvait assurer le succès du meeting international d 'août.

PRESENTATION DU CONGRÈS

* Présentation du concours dans Les Ailes du 8 février 1923 [VP 12 p 13]
« Le deuxième Congrès expérimental, meeting international de Cherbourg, du 5 au 26 août 1923 » par Georges Houard
Le deuxième congrès expérimental d’aviation sans moteur s’organise. L’Association Française Aérienne avait su choisir à Vauville le bon terrain puisqu’à son premier essai, Maneyrol a réussi à y battre son propre record. Il est bon de dire que si l’anse de Vauville se prête merveilleusement à des expériences de vol à voile par vents ascendants elle est non moins désignée pour permettre des recherches intéressantes sur le vol par vents horizontaux.
Quoique la valeur du terrain soit maintenant consacrée par le record de Maneyrol, l’AFA vient d’être assurée du précieux concours de l’Office National Météorologique pour faire effectuer à Vauville des recherches méthodiques sur les courants aériens. Un programme très précis a été arrêté à ce sujet, d’accord avec le Colonel Delcambre, directeur de l’O.N.M. et le Colonel Renard qui préside la commission d’Aérologie de l’A.F.A.
Ce soir, jeudi, l’Association Française Aérienne recevra communication du projet de réglementation générale du congrès et des règlements particuliers aux différentes expériences inscrites au programme de ce Congrès. Dès publication de ces règlements, l’Association Française Aérienne recevra les inscriptions.
Qui prendra sur la liste de ces inscriptions le n° 1 ?
La liste des primes qui seront affectées au Congrès n’est pas encore arrêtée. L’Association Française aérienne et le Comité d’organisation de Cherbourg font de louables efforts pour réussir à doter le Congrès d’une somme de 100.000 francs.
La ville de Cherbourg qui a compris tout l’intérêt de la question participera à cette dotation par une prime de 10.000 francs.

Toujours Geroges Houard dans le compte-rendu du Congrès de Combegrasse et la présentation du 2è Congrès expériemental [Le vol à voile et l’Association Française Aérienne, p 143-144]
Devant les résultats obtenus dans le domaine du vol à voile, il convient de poursuivre les recherches commencées. Quel que soit le point de vue auquel on se place, on peut dire qu’il est nécessaire d’approfondir la question, pour déterminer, par une expérimentation méthodique, la limite des possibilités du vol sans moteur et du vol à très faible puissance.
Le Premier Congrès Expérimental d’Aviation sans Moteur a provoqué et orienté les recherches. Le Deuxième Congrès Expérimental d’Aviation sans Moteur a pour but de fixer les applications que peut recevoir le vol à voile dans le triple domaine de la technique, du sport et de la formation des pilotes. Si dans ses grandes lignes le programme a beaucoup d’analogies avec celui de l’an dernier, il comporte cependant trois éléments nouveaux : le vol à voile par vent horizontal, le vol avec l’aide d’un moteur auxiliaire, l’étude des phénomènes aérologiques et aérodynamiques.
Comme celui de l’an dernier, le Congrès de 1923 constituera une manifestation purement scientifique ; ce ne sera ni un meeting, ni une compétition purement sportive. Le but visé est de réunir le plus grand nombre possible d’appareils, de constructeurs et de pilotes pour entreprendre en commun une série d’expériences dont on s’efforcera de tirer le maximum d’enseignements. Comme celui de l’an dernier, ce Congrès incitera les techniciens et les inventeurs à réaliser certaines de leurs conceptions, desquelles il est permis d’attendre de nouveaux progrès. Les primes affectées au Congrès assurent à ceux qui y prendront part le moyen de récupérer, au moins en partie, les dépenses qu’auront entraîné l’étude et la construction de leurs appareils.
L’initiative de l’Association Française Aérienne a reçu le précieux appui de Mr le sous-Secrétaire d’État de l’Aéronautique, du Ministère de la Guerre (Aéronautique Militaire), du Ministère de la Marine et de la Direction de l’Aéronautique Maritime. Elle a rencontré le concours, non moins précieux, de généreux donateurs, du Conseil Général de la Manche, de la Ville de Cherbourg, etc.
Le Deuxième Congrès Expérimental d’Aviation sans Moteur, doté de 100 000 francs de primes auxquelles viennent s’ajouter plusieurs objets d’art, se déroulera du 5 au 26 août 1923, dans l’anse de Vauville, à quelques kilomètres de Cherbourg.

[Les Ailes, numéro spécial, supplément au n° 92 du 21 mars 1923]
« Pourquoi… »
Georges Houard présente les raisons qui ont conduit à l’organisation de ce deuxième congrès expérimental de vol sans moteur. (je n'ai pas le texte de cet article)

Commentaires de Jacques Marceau [VP 12 p 13]


 
COMITÉS, RÈGLEMENT ET PRIX

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LES PRÉPARATIFS

Dimanche 1 avril 1923
La première inscription au IIème congrès expérimental de vol sans moteur est annoncée : c'est celle d'Éric Nessler, qui présentera un biplan.

3 mai 1923
Dans son édition du 3 mai 1923 (1923-0240), la revue anglaise Flight annonce :
A Paris on annonce que Mlle Boland a inscrit un planeur pour la prochaine compétition qui doit avoir lieu à Vauville, près de Cherbourg.
(L'information ne sera pas confirmée)

6 mai 1923
1923-0320 (14 juin 1923)

31 mai 1923
[1]
Les inscriptions pour le Congrès Expérimental sont closes. Elles restent toutefois possibles jusqu'au 1 juillet, mais à un tarif doublé (100 francs dorénavant)..
Flight 1923-0291  (31 mai 1923)
As the meeting at Vauville is open to British competitors, a few explanatory notes may be of interest. The meeting of Vauville is being organised by the French Aerial Association, under the patronage of the Secretary of State for Air. It is not a competition in the usual sense of the word, but rather a series of more or less scientific experiments, the prizes offered being more intended to reimburse in some measure the participants. The entrance fee is 50 francs per machine up to May 31, and 100 francs between June 1 and the closing date, July 1. Entries should be sent to the Secretariat
General de l'Association Francaise Aerienne, 17, Boulevard des Batignolles, Paris (8e).

7 juin 1923
Flight 1923-0305 (7 juin 1923)
The glider and light 'plane meeting at Vauville, near Cherbourg, from August 6-27, promises to be aigreat success.
Already no less than 27 machines have been entered, and by paying an entrance fee of 100 francs it is possible to enter up to July 1. Last week we gave the names of the first nine machines entered. The remaining are as follows : 10, André Thomas; 11, Robert Ferber ; 12, Paul Garrouste ; 13 and 14, " Simplex " (tailless) ; 15, 16, 17, 18 and 19, M. Dewoitine ; 20, Paul Bourieau ; 21, Pierre Hees ; 22, Maurice Rousset; 23, L. Lefort ; 24, G. Desgrandchamps ; 25, Quemin-Vaucamps ; 26, A. E. Pavin ; 27, Th. Rillet.
So far no English machines have been entered.

14 juin 1923
1923-0320 (14 juin 1923)
REFERENCE has already been made to the excellent response with which the French light 'plane and glider competition at Vauville, near Cherbourg, has met. The entries list has now reached the very imposing number of 35 machines, some pure gliders and others light 'planes. Even now it seems likely that this number will be increased, the entries list being open at double fee until July 1. This double fee of 100 francs, like the ordinary fee of 50 francs, will be refunded if the competitor has his machine ready and present at the opening of the competition. It is to be regretted that up to the present not a single British machine has been entered, and it is to be hoped that, in view of the relative nearness of Cherbourg, and consequent low cost of transport, more than one British glider or light 'plane will compete with the French machines. The chief reason why at present no machine has been entered by this country probably is that there is very little time to get machines ready, and it will be difficult enough to get them ready for the British competition in September. Nevertheless, it should be possible for some of our machines to be ready in time, and it would seem to be worth while to enter any that have the remotest chance of being ready. The fee is not very high, even if forfeited, while the aggregate of the prizes offered by way of compensating competitors for their outlay amounts to 100,000 francs. IN the way of pure gliders probably we have but very few which it would be any use to send, although Raynham's machine could probably be repaired at but small cost after his
deliberate crash when doing his film stunt. Gordon England's machine has been repaired and taken over by officers in the R.A.F., who might, persumably, be permitted to take part. Merriam's monoplane has also beeen repaired, and is, we believe, in flying order.

As regards light 'planes, we should have three or four ready in time for the French competition. The Gnosspelius has already passed its preliminary flying tests, and should certainly be seen at Vauville. By crossing between Dover and Calais and flying along the coast this machine should be able to fly to Vauville, thus reducing transport costs to a minimum. The " Wren " belongs to the Air Ministry, but might be allowed to take part in the experiments hors concours. The A.N.E.C. monoplanes should also be ready in time, and participation in the French competition should afford a good opportunity for trying-out the machines before the really serious work' of competing for the Sutherland, Daily Mail, and Abdulla prizes in September. In the French competition there is no limit on engine capacity, the object of the light 'plane tests being to fly as far as possible on 500 ex. of fuel. Thus a machine with a relatively large engine could be fitted with a large propeller, keeping down the engine revs, and retaining a good consumption.

21 juin 1923
Flight 1923-0329 21 juin 1923

AGAIN we would remind British constructors of gliders and light 'planes that machines may be entered- up to July 1 against payment of an entrance fee of 100 francs, which amount will be returned if the machines put in an appearance at Vauville. All communications to be addressed to the Secretariat General de l'Association Francaise Aerienne. 17, Boulevard des Batignolles, Paris (8e).

1923-0480  9 août 1923
The French Light 'Plane Meeting
FIFTY-SIX machines have been entered for the light 'plane trials now being held at Vauville, near Cherbourg, and of these, 37 are pure gliders, the remaining ones being fitted with lowpower engines. There is but one British machine entered, the " Zephyr", designed and built by members of the R.A.E. Aero Club.



PREPARATIF ET AMÉNAGEMENT DU CAMP

[3] p 133-135
Flight 1923-0505 et 0506 (23 août 1923)
" The Second Experimental Gliding Congress is being held at the Camp Mouillard, which is situated almost 20 kilometres from the town of Cherbourg, from which it can be reached by motor-'bus. The camp consists of about 18 hangars, each of which can take one machine of ordinary size or two smaller ones. The camp is well fitted up, and possesses its own electric light plant, driven by petrol engines. There is an excellent meteorological outfit, and the camp is also well equipped with post office, telegraphic instruments, press rooms, fire appliances, ambulances, etc.
" The camp is situated on the top of a ridge overlooking the sea. This ridge is possibly 800 ft. high, and the bottom of the ridge is perhaps a mile from the sea. It faces west, and I
understand that suitable hills exist for winds varying 45 degrees from this angle. The officials connected with- the Congress have treated me with very great courtesy, and went to very considerable trouble to conduct me around the camp and to introduce me to all the competitors.
" The service of charabancs from Cherbourg to the camp is very poor, and seems to start at very irregular times. Any enquiry as to when the vehicle is going to start is replied to
with ' tout de suite,' which apparently possesses here a different meaning from that given in the dictionary, as nothing happens for a long time afterwards."

[4]
Le camp a été installé, grâce au concours de la Marine, sur le plateau, sur des terrains communaux de Vauville et Biville, au milieu de la lande, près de la tente qui abritait l'Alérion de Maneyrol lors de son séjour ici, en janvier et février derniers.
L'organisation et le montage du camp sont semblables à celui de Combegrasse, raison pour laquelle ce camp sera appelé "Camp Mouillard n° 2". Il est de taille plus modeste que celui de Combegrasse car les congressistes ne sont pas logés sur place, mais à Vauville, Biville (Hôtellerie du Bienheureux Thomas) et surtout Cherbourg.

A l'entrée est demeurée la tente de Maneyrol qui sous l'influence des intempéries est passée du brun au blanc. A droite un vaste enclos divisé en trois parties. L'une réservée aux automobiles qui s'y gareront à titre onéreux, l'autre aux bicyclettes, la troisième aux visiteurs. Dans le prolongement de ce parc automobile, on a édifié un restaurant particulier, fait de toiles d'ailes d'avions, lequel sera tenu par un habitant de Vauville. En avançant vers le camp, nous trouvons une tente Dickson réservée aux automobiles du comité. Puis les tentes d'avions toutes du même type que celle de Maneyrol.
A gauche du chemin qui traversant la lande coupe le camp en deux, le restaurant Lefèvre-Brisset, établi sous une tente ; le restaurant du comité et, en avant, une ambulance où se tiendront un médecin et un infirmier pourvus de tout le matériel nécessaire en cas d'accident.
Les appareils seront rangés dans des tentes Bessonneau type A 16
[10], mises à la disposition des organisateurs par la Direction de l'Aéronautique Militaire. Ce sont de véritables hangars de toile, dans lesquels deux machines peuvent prendre place. Trois rangées de 8 tentes ont été installées, séparées par des allées de 20 mètres de large. Une grande allée large de 40 mètres, perpendiculaire aux trois rangées, sépare ces tentes en deux groupes. Cette allée est orientée vers l'Ouest et débouche sur le terrain de départ. D'environ 100 m x 200 m, ce dernier s'avèrera vite trop exiguë. Il sera agrandi le lundi 6 août, par déplacement de trois tentes, afin d'élargir et d'approfondir la piste d'atterrissage. Les pilotes n'auront plus à craindre les fâcheuses rencontres.

Le camp sera entièrement cloturé.


Plan du camp Mouillard n° 2 [2]

L'éclairage du camp est assuré par un triple groupe électrogène et permettra des vols de durée nocturnes. C'est la défense fixe qui installera cet éclairage.( p136-141)
[Lefiliatre p 140] En plus de cet éclairage, le groupe devra signaler le camp de manière à permettre aux congressistes d'effectuer des vols de nuit. Il y a deux rampes d'illumination et des feux rouges marquant le terrain d'arrivée. De plus, un phare Blériot transportable, indiquera à l'avion désireux d'atterrir, le point favorable puis, la lanterne étant renversée, éclairera le sol au moment de l'atterrissage. Le jour, ce camps sera délimité par des pavillons et le terrain d'atterrissage par de grande taches faites à la chaux.

Le camp est prêt à recevoir les appareils à partir du dimanche 29 juillet.
La partie administrative comporte une barraque Adrian, divisée en cinq : météo, jury, comité, presse, PTT), un restaurant, un groupe électrogène, des parcs à voiture, des fosses de stockage d'essence, une ambulance et des toilettes.
Les membres de la Presse recevront un brassard spécial. Une tente, avec une table et des sièges, sera mise à leur disposition dans le camp même. Pour faciliter la tâche des journalistes, l'administration des P.T.T. installera sur le lieu du congrès, le télégraphe et le téléphone. Les membres de la Presse pourront donc envoyer et recevoir des dépêches au camp de Vauville.

Service médical : Une tente est aménagée en centre d'accueil sanitaire. Ce service sera vraisemblablement dirigé par un médecin de la Marine.
Par ailleurs, la ville de Cherbourg a bien voulu tenir une ambulance municipale automobile à la disposition du congrès. Elle se tiendra prête pour aller chercher à Vauville, sur avis téléphonique, tout blessé signalé pour le conduire à l'hôpital maritime.

Surveillance de la mer : En raison du danger que présenterait une descente de planeur ou d'avion en mer, dans ces parages très tourmentés de l'anse de Vauville, il est expressément recommandé aux pilotes de ne pas dépasser dans leurs vols, le bord de la mer. Par mesure de sécurité, des canots de la défense fixe seront cependant disposés sur la plage pour le cas où un pilote viendrait à se poser au delà du rivage.
Des torpilleurs de la Marine seront mis à la disposition du comité pendant deux jours. Dans le cas où des aviateurs manifesteraient l'intention de se rendre de Vauville aux îles anglo-normandes, ces torpilleurs interviendraient pour porter secours aux pilotes dans le cas d'une chute accidentelle. .

Poste météorologique : Un poste météorologique important fonctionnera sur le terrain du congrès. C'est l'Office National Météorologique qui va en assurer l'installation. Il comportera tous les instruments nécessaires pour renseigner les constructeurs et les pilotes sur la direction, la vitesse et la nature du vent, à tout moment. C'est également l'ONM qui a étudié et réalisé les barographes spéciaux qui seront fixés à bord ds avions et planeurs. Une trentaine de ces barographes seront à la disposition des congressistes.

Les vents : .




Camp Mouillard n° 2 [2]
Le planeur est le biplan de Nessler
 


Auto-chenille Citroën-Kégresse


La maison André Citroën a mis deux autochenilles à la disposition des organisateurs (comme elle l'avait fait à Biskra) afin de faciliter la remontée des machines depuis la plage jusqu'au camp Mouillard. Ce sont des mécaniciens de chez Citroën qui assureront le service de ces voitures.
Les autochenilles Citroën-Kégresse ont été rendu célèbres surtout grâce à leur utilisation durant la Croisière Jaune.

Accès du public :

Aucune entrée payante n'est prévue. Les expériences pourront donc être suivies par tout le monde. Mais pour pénétrer dans l'enceinte des appareils, le port du brassard sera exigé. On délivrera ces brassards sur le terrain.


Transports : Un service d'autobus fonctionnera régulièrement entre Cherbourg et Vauville, les départs auront lieu toutes les heures, voire toutes les demi-heures les jours d'affluence. Le prix du voyage simple sera de 5 francs et de 3 francs pour les congressistes.

Mais il y aurait eu quelques problèmes de ponctualité, à en juger par le commentaire du correspondant de Flight :
" The service of charabancs from Cherbourg to the camp is very poor, and seems to start at very irregular times. Any enquiry as to when the vehicle is going to start is replied to with ' tout de suite,' which apparently possesses here a different meaning from that given in the dictionary, as nothing happens for a long time afterwards."
Flight 1923-0505 et 0506 (23 août 1923)

Les routes [Lefiliatre p 134]
Règlementation de circulation
Pour faciliter la circulation, un sens de circulation sera imposé par une décision préfectorale ; toutes les voitures, publiques ou particulières, devront emprunter le sens adopté et qui sera indiqué par des panneaux de signalisation.
Monsieur Blet, préfet de la Manche, a signé l'arrêté suivant :
Entre le 1 et le 27 aoput 1923 inclus, les voitures automobiles de toutes natures se rendant à Vauville ne pourront circuler que dans le sens ci-après :
- A l'aller
1 - Sur le chemin 37, de Beaumont aux Pieux, à partir du chemin descendant sur Vauville, à environ 1200 mètres de la route Cherbourg-Beaumont, jusqu'au lieu dit Le Haut de Biville.
2 - Sur le chemin 118, du lieu dit Le Haut de Biville jusqu'au camp d'aviation.
- Au retour
1 - sur le chemin compris entre le camp d'aviation et la fontaine Bellet.
2 - Sur le chemin compris entre la fontaine Bellet et la route de Beaumont-Les Pieux.

Sur les parcours ci-dessus indiqués, les véhicules de toutes sortes ne pourront excéder la vitesse horaire de 30 kilomètres. Il leur est interdit de se dépasser et de stationner. La circulation, dans la partie du chemin entre le Bacchus et le lieu dit Le Haut de Biville, est formellement interdite aux automobiles. Les restrictions résultantes de l'arrêté qui précède ne sont pas applicables aux propriétaires riverains des dits chemins ni à leur ayant cause.
Un habitant, le docteur P. Saucet, fait la remarque suivante : [Lefiliatre p 138]
' J'ai pris connaissance de l'arrêté qui règlemente la marche des automobiles pendant le meeting d'aviation, et me permets de vous signaler un inconvénient dans le trajet. Les automobiles qui arriveront par le chemin, compris entre la fontaine Bellet et la route de Beaumont aux Pieux, devront prendre leur droite sur la route 37, de Beaumont-Les Pieux et couper les voitures se rendant à la route du Haut de Biville. Le trajet effectué en sens inverse, c'est à dire, aller par Vauville, retour par Le Haut de Biville, supprime cet inconvénient ; les autos conservant toujours leur droite, les accidents seraient presque impossibles."
On ne sait pas s'il a été tenu compte de cette remarque.

Toute la région semblait avoir pris conscience de l'importance de l'évènement, et personne ne veut être tenu à l'écart. Le maire d'Equeurdreville, H. Mars lance un appel à la population :
"A partir du dimanche 5 août, de nombreux touriste attirés par le congrès du vol à voile, vont traverser notre région. Il faut qu'ils en partent avec le souvenir de cités propres, gaies et accueillantes. Cherbourg va organiser de grandes fêtes, les rues seront également décorées. Equeurdreville ne doit pas rester en arrière, elle doit montrer qu'elle est la soeur de Cherbourg et que tout ce qui peut l'aider à sa prospérité, l'intéresse. Il faut que les étrangers sentent que notre cité est le prolongement de l'autre. En conséquence, le maire prie instamment les habitants de décorer et pavoiser leurs maisons. Ce sera, en outre, le moyen de rendre hommage aux pionniers qui, là-bas, dans l'anse de Vauville, vont travailler pour la science et le progrès."

LES MACHINES


Le
jours de l'inauguration du congrès, le dimanche 5 août, 12 appareils sont sur place :
Le biplan Nessler, l'Oiseau Bleu Landes-Derouin, le biplan Tomasini, le monoplan André Thomas, le planeur Bonnet-Mignet, le petit planeur Mignet, les deux moto-aviettes Dewoitine, le monoplan Henry Grandin, le triplan Hélen-Herrmans-Lamart, le triplan Lucien Lefort (le planeur Peyret est encore remisé à Biville).

Le 10 août, quinze appareils sont actuellement au camp, sans compter le planeur Peyret remisé à Biville.

Le 12 août, deux appareils se trouvent qualifiés pour les expériences donnant lieu à l’attribution de primes :
1. Monoplan Thomas (n° 10), pilote Hemmerdinger,
2. Monoplan Landes (n° 50), pilote Hemmerdinger.
(les avionnettes Dewoitine de Descamps et de Barbot, étaient automatiquement qualifiées par leurs performances antérieures).

Le 19 août, l'arrivée du planeur Bardin en gare de Cherbourg porte à 28 le nombre de machines amenées à Vauville.

En définitive, n'auront significativement concouru que les appareils suivants :
Planeurs
- Le Poncelet Castar (n° 7) - initialement inscrit comme moto-aviette, mais démotorisé après casse du moteur
- Le Thomas (n° 10)
- Les deux Dewoitine P-4 (n° 15 et 16)
- Le Dewoitine P-3 (n° 19)
- Le Peyret Tandem Alérion (n° 33)
- Le Bardin (n° 34)
Moto-aviettes :
- Dewoitine D-7 à moteur Salmson (n° 17)
- Dewoitine D-7 à moteur Vaslin (n° 18)
- Peyret à moteur Sergant (n° 32)

En plus des précédents, ne s'est qualifié (vol de 10 secondes en terrain plat) que l'Oiseau Bleu Landes-Derouin.

Voir tous les détails sur les machines et leurs vols dans la pages des machines.

.
LE DÉROULEMENT DU CONGRÈS

 

On peut trouver un compte-rendu détaillé du déroulement du congrès expérimental
- Sous la plume de Georges Houard dans l'hebdomadaire Les Ailes,
- Dans le livre "Vauville, berceau du vol à voile", deuxième congrès expérimental d'aviation sans moteur, écrit par Laurent Lefilliâtre.

Nous nous contentons ici de résumer les évènements au jour le jour : météo, évènement divers, vols (seuls les vols les plus significatifs sont mentionnés).

Dimanche 5 août
Vers 15 heures, Messieurs Hébrard et Carlier reçoivent les autorités  sur le camp Mouillard n° 2, où une foule nombreuse s'est réunie.
Aussitôt, on procède à la visite des douze appareils présents sur le terrain.
Sous la tente Dickson réservée au comité, diverses allocutions sont prononcées.
La météo :
L'après-midi et jusqu'à la fin de la journée, vent faible de deux mètres/seconde.
Les vols :
Pilote : Hemmerdinger, appareil Thomas n° 10. Tente par deux fois de s'envoler mais sans succès. Puis il se qualifie en planant 10 secondes sur une longueur de 100 mètres.
Pilote : Éric Nessler, appareil Nessler n° 1. Tente sans succès de décoller.
Pilote : François Descamps, appareil moto-aviette Dewoitine-Vaslin n° 18. Vol de démonstration de 10 minutes 35 secondes.

Lundi 6 août
La météo : Vent nul à faible ne dépassant pas 2 m/s.
Les vols : Pas de vol.
Essai d'un mode de lancement du planeur Thomas n° 10 par Jean Hemmerdinger qui s'avère concluant.

Mardi 7 août
La météo :
Pas de vent !
On prie le saint de Biville, le Bienheureux Thomas pour qu'il amène la brise sur le terrain.
Les vols :
Pilote : François Descamps, appareil moto-aviette Dewoitine-Vaslin n° 18, vol de 34 minutes et 30 secondes, et atterrit vent arrière.

Mercredi 8 août
La météo :
Le vent souffle mais il vient de l'Est !
Les vols :
Pilote : Geroges Barbot, appareil moto-aviette Dewoitine-Salmson n° 17, vol d'une trentaine de minutes en fin de matinée. Atterrissage sur la plage de Vauville.
Pilote : ?, appareil Landes-Derouin n° , vol de 5 secondes sur 33 mètres, face au vent (vers l'Est).

Jeudi 9 août
La météo :
Le vent souffle de l'Ouest ! Mais il restera faible, 2,5 m/s maximum. Épais brouillard dans la matinée.
Les vols :
Pilote : Hemmerdinger, appareil : Thomas n° 10, temps de vol : 2 min 30 s, il se pose sur la plage, après avoir parcouru une distance en ligne droite de 1400 mètres..

Vendredi 10 août
La météo :
Jolie brise d'Ouest. Vent fut variable, sa vitesse alla de 4 à 6 mètres par seconde pour finir à 2 mètres.
Les vols :
Geroges Barbot, appareil moto-aviette Dewoitine-Salmson n° 17, vol d'une trentaine de minutes en fin de matinée, à partir de la plage de Vauville.
Pilote : François Descamps, appareil moto-aviette Dewoitine-Vaslin n° 18, vol le long de la cote, puis vers Cherbourg et retour au camp..
Pilote : Hemmerdinger, appareil : Thomas n° 10. Vers 13 h, premier vol d'une minute et demie (atterrissage à son point de départ). Deuxième vol : 2 min 15 s, atterrissage sur la plage. Puis essais de vol dynamique sur la plage : six petits vols furent exécutés, à des hauteurs variant entre 50 centimètres et quatre mètres. Le premier vol fut de 12 secondes, le second de 12, le troisième de 14, le quatrième de13, le cinquième de 13 et le sixième de 8 secondes. Un essai de vol avec passager eut lieu.

Samedi 11 août
La météo :
Vent était à peu près insignifiant, venant de l'Est.
Les vols :
Pilote : Georges Barbot, appareil moto-aviette Dewoitine-Salmson n° 17. Le pilote s'est rendu de Vauville  à Siouville, en survolant les dunes qui séparent les deux localités, puis est revenu au camp, seul vol de la journée.

Dimanche 12 août
La météo :
De bonne heure le matin, le vent soufflait de l'Est, ce n'est que le soir qu'il passa à l'Ouest, mais restant très faible.
Les vols :
Pilote : Jean Hemmerdinger, appareil : Oiseau Bleu Landes-Derouin n° . Qualification du planeur qui parcourt une distance de 200 mètres en 13 secondes, 2/5.
Descamps et Barbot voulurent tenter, sur leurs moto-aviettes Dewoitine, l'épreuve de Basse-Normandie (vol de hauteur). Mais l'état des barographes ne permit pas à l'épreuve d'être validée.

Lundi 13 août
Visite du Sous-Secrétaire d'Etat à l'Aviation, Mr Laurent-Eynac : réception à Cherbourg, visite du Cotentin dans l'après-midi avec un bref passage au camp Mouillard n° 2.
La météo :
Vent de Sud-Ouest, mais ne dépassant pas 3 m/s. Brouillard dans l'après-midi.
Les vols :

Mardi 14 août
Le ministre Laurent-Eynac passe la journée au camp. Vers midi, arrivé à Cherbourg, en hydravion, du Général Brancker, chef de l'aviation civile en Angleterre. Banquet et discours au camp Mouillard.
La météo :
Temps plus clair que la veille. Vent faible.
Les vols :
Pilote : Barbot, appareil : Dewoitine/Salmson n° 17, temps de vol : , altitude : 1300 m
(Lefilliâtre : "Barbot fait un départ en moto-aviette, exécute un vol rapide avec son brio habituel puis regagne le camp".)
(Hemmerdinger profite d'un vent de 2 mètres 50 pour partir sur le planeur Thomas ; il descend vers la mer, fait une gracieuse circonvolution et atterrit doucement sur le sable de la plage, où le tracteur va le chercher)

Mercredi 15 août
La météo :
Le vent souffle du Nord à la vitesse de 6 à 8 mètres par seconde.
Les vols :
Pilote : Hemmerdinger, appareil : Thomas n° 10, accident mortel
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret/Sergant n° 32, temps de vol : 52 min, altitude : 2800 m
Pilote : Barbot, appareil : Dewoitine/Salmson n° 17, temps de vol : 1 h 26 min, altitude : 2480 m

Flight 1923-0505 et 0506 (23 août 1923)
It is very regrettable that the Congress should have been marred by a fatal accident, and it is rather curious that the accident should have happened to a machine about which our correspondent speaks rather well. As our readers know, the accident which cost young Hemmerdinger's life was caused by the right wing of the Thomas monoplane glider breaking in the air, when the machine was at a height of about 100 ft. The actual cause of the breakage has not yet been officially stated, but to us it seems likely that the explanation may be that, on landing after some previous flight, the wing may have been damaged without the knowledge of the pilot, and that a sudden stress imposed by a gust may have caused the damaged wing to fail during the fatal flight. We can only express our
sympathy with our French friends, and particularly with poor Hemmerdinger's relatives, who witnessed the sad accident.

Jeudi 16 août
Le Poncelet Castar est arrivé à Vauville, après un voyage depuis Bruxelles, pleins de péripéties.
La météo :
Les vols :
Pilote : Barbot, appareil : Dewoitine n° 15 (l'un des deux P-4), temps de vol : 52 s, vol de qualification de l'appareil.
Pilote : Nessler, appareil : biplan Nessler n° 1. Tente de se qualifier, avec des bonds de 9,5 et 4 secondes.

Vendredi 17 août
Le matin funérailles de Jean Hemmerdinger.
La météo : Vent d'Ouest, 9 à 12 m/s. Crachin et brouillard, et cendres qui volent (la lande est en feu depuis la veille).
Les vols :
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 47 min 35 s,
Pilote : Descamps, appareil : Dewoitine P-4 n° 16 (le deuxième P4), temps de vol : planeur détruit après quelques secondes de vol, pilote indemne.

Samedi 18 août
Arrivée à Vauville du Colonel Renard, président du jury du Congrès expérimental.
La météo : L'après-midi, vent d'Ouest 14 m/s puis 10 à 12 m/s.
Les vols :
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 1 h 2 min 3 s, altitude : 182 m
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret Alérion n° 33, temps de vol : 2 h 13 min 35 s,

Dimanche 19 août
La météo : Vent d'Ouest 6 à 7 m/s le matin
Les vols :
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 59 min 17 s,
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 2 h 58 min 13 s,
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret Alérion n° 33, temps de vol : 2 h 39 min 41 s,

Lundi 20 août
La météo : Épais brouillard le matin. Vent d'Ouest 9 à 10 m/s
Les vols :
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret Alérion n° 33, temps de vol : 2 h 40 min,
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 54 min, distance 3200 m
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n°7 , temps de vol : 40 min, distance 5100 m

Mardi 21 août
La météo : Vent de Sud-Ouest 10 m/s
Les vols :
Pilote : Barbot, appareil Dewoitine P-3, temps de vol : 2 min 45 s
Pilote : Descamps, appareil Dewoitine P-3, temps de vol : 2 min 15 s
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 4 h 06 min 20 s,
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret Alérion n° 33, temps de vol : 4 h 22 min 13 s,
Pilote : Barbot, appareil : moto-aviette Dewoitine-Salmson n° 17, vol de consommation : 29 min 0 s avec 5 litres de carburant (25 km parcourus)

Mercredi 22 août
La météo : Vent d'Ouest 9 à 10 m/s
Les vols :
Pilote : Descamps, appareil : Dewoitine P-3 n° 19, temps de vol : 1 h 18 min 30 s (altitude 170 m)
Pilote : Barbot, appareil : Dewoitine P-3 n° 19, temps de vol : 6 h 04 min 2 s, record du monde ?
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 3 h 30 min 30 s (altitude 270 m)
Pilote : Maneyrol, appareil : moto-aviette Peyret-Sergant n° , vol de 25 min avec 0,675 litre d'essence

Jeudi 23 août
Arrivée du Lieutenant Le Petit (qui avait participé au concours de Biskra) qui doit effectuer des expériences aérologiques après le congrès.
La météo : Vent d'Ouest le matin, qui vire au Sud-Ouest. Grains et tempête annoncée.
Les vols :
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 1 h 33 min 10 s,

Vendredi 24 août
Dans l'après-midi, on verra 5 planeurs en vol simultanément dans le ciel de Vauville (Thoret, Simonet, Descamps, Maneyrol et Bardot avec sa moto-aviette).
La météo : le matin vent d'Ouest 10 m/s
Les vols :
Pilote : Thoret, appareil : Bardin n° 34, temps de vol : 11 s 3/5, vol de qualification de l'appareil.
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret Alérion n° 33, temps de vol : 3 h 14 min 30 s,
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 1 h 44 min 50 s, altitude 295 m
Pilote : Descamps, appareil : Dewoitine P-3 n° 19, temps de vol : 2 h 46 min 45 s, altitude 267 m
Pilote : Thoret, appareil : Bardin n° 34, temps de vol : 1 h 14 min 10 s,

Samedi 25 août
La météo : le matin vent faible (3 m/s)
Les vols :
Pilote : Maneyrol, appareil : Peyret /Sergant n° 32, altitude 2900 puis 3822 m (Record du monde d'altitude)
Pilote : Descamps, appareil : Dewoitine/Vaslin n° 18 , temps de vol : 22 min 35 s, circuit de 20 km (consommation 0,765 litre)
Pilote : Manyerol, appareil : Peyrent/Sergant n° , temps de vol : 13 min 30 s, circuit de 20 km (consommation à pleine puissance, 1,435 litres)
Pilote : Descamps, appareil : Dewoitine/Vaslin n° 18 , temps de vol : 19 min 30 s, circuit de 20 km (consommation à pleine puissance, 1,020 litres)
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 2 h 39 min 20 s,
Pilote : Thoret, appareil : Bardin n° 34, temps de vol : 2 h 58 min 35 s,
Pilote : Barbot, appareil : Dewoitine P-3 n° 19, temps de vol : 13 min 54 s,


Retour de vol record du monde d'altitude,
Alexis Maneyrol montre le barographe [3]
Dimanche 26 août
Dans le but de distribuer le montant des prix non attribués, le Comité décide d'organiser une course de moto-aviettes sur la plage, consistant en :
1 - Une course de vitesse sur 30 kilomètres autour de deux pylônes placés à 3 kilomètres l'un de l'autre.
2 - Une épreuve d'écart de vitesse sur 6 kilomètres autour des mêmes jalons.
Cette épreuve est gagnée par Maneyrol sur aviette Peyret/Sergant. Barbot et Descamps sur appareils Dewoitine, sont mis successivement hors de course par suite de pannes de moteurs.
Dans ce parcours de 30 kilomètres, Maneyrol a fait, à plein régime, du 96 kilomètres / heure et à puissance réduite, du 33 kilomètres / heure.
Vitesse sur 30 kilomètres :
1 - Maneyrol en 19 minutes et 50 secondes.
2 - Descamps en 24 minutes.
Écart de vitesse:
1 - Maneyrol faisant les 6 kilomètres en 3 minutes, 45 secondes et 10 minutes, 42 secondes et 3/5e
La météo :
Les vols :
Pilote : Simonet, appareil : Poncelet Castar n° 7, temps de vol : 2 h 11 min,
Pilote : Thoret, appareil : Bardin n° 34, distance 8,250 km (record du monde) Récit du vol par son auteur.
Nous voici au terme du congrès de Vauville, on connaît les vainqueurs et aucune tentative ne viendra bousculer les classements. Pourtant, à un moment où personne ne l'attend, Thoret sur planeur Bardin prend l'air et le tient ; bien décidé à s'octroyer le prix de la distance.
Après une heure de vol, Joseph Thoret bat le record du monde de la distance en planeur ; allant se poser à 8 kilomètres 250 de son point de départ, sur des rochers en pleine mer, "Les Bréquets", contre lesquels l'appareil se brisa entièrement. C'est avec intelligence que Thoret s'est posé près de l'îlot des Bréquets, point fixe nécessaire pour faire homologuer son record.
LES LAURÉATS

Les Ailes n 115 jeudi 30 août 1923
(Lefiliatre p 185-189)

A la fin du concours, le Colonel Renard, président du jury, lut le palmarès devant l'assemblée des concurrents.


APRÈS LE CONCOURS
Lundi 27 août
APRÈS LE MEETING.[3]
Le matin, un autocar de la société des automobiles de la Manche, a ramené à Cherbourg, une trentaine de congressistes qui ont pris l'express de 10 heures. Quelques planeurs ont été acheminés vers la gare de Cherbourg.
Le lieutenant belge Victor Simonet déclare dans la journée : "Les courants ascendants de VAUVILLE m'ont permis d'éprouver les qualités remarquables du planeur de M. Poncelet. Je ne m'attendais pas à un tel résultat.Je vais me préparer en vue du meeting de Belgique, réservé aux moto-aviettes. Je pense que j'y reverrai mon camarade Maneyrol et l'ingénieur Louis Peyret. Je crois que le planeur Poncelet fera une moto-aviette parfaite. Je le crois et j'en suis sûr, l'ayant piloté de Bruxelles à Saint-Valéry-en-Caux. Le moteur, tout est là".

Mardi 28 août
LES EXPÉRIENCES CONTINUENT A VAUVILLE.[3]
Indépendamment des 102.000 francs de prix attribués aux congressistes par le Comité du meeting de VAUVILLE, bon nombre de prix importants restent à courir. Notamment, le prix Franchelli - Loret, attribuable à l'appareil qui s'élèvera le plus haut dans un minimum de temps. Cette épreuve avait été réalisée par Barbot sur le planeur Dewoitine lors de son vol de plus de 6 heures. Mais Barbot n'avait pas, préalablement, effectué les trois petits vols préliminaires de 20 secondes, prévus par le donateur. Il décide donc d'entreprendre cette épreuve. On descend le planeur sur la plage, pour les petits vols en terrain plat. Barbot effectue, sans difficulté aucune, ces courtes randonnées, favorisées par un vent de 14 mètres / seconde. Hélas ! un moment d'inattention, imputable aux gardiens du planeur, devait anéantir, au moins pour un temps, les espoirs que Barbot était en droit de caresser. Le planeur laissé un instant sans surveillants, pour le maintenir sur la plage, fut pris dans une rafale et s'envola. Le vol dura plus de 20 secondes, mais l'appareil sans pilote devait atterrir de façon désastreuse et se briser sur le sable. Quand Barbot vit son bel oiseau démoli, il demeura atterré. C'est le troisième appareil Dewoitine brisé à Vauville.
La plupart des tentes du camp Mouillard sont redevenues vacantes. Le grand vent d'Ouest les secoue terriblement et fait claquer les toiles pâlies par les pluies. L'un des constructeurs ne pouvant acquitter les frais de transport de son appareil, a dû vendre ce dernier. Un autre qui comptait payer la somme de 185 francs, aux Chemins de Fer de l'État, pour le transport de son planeur sur wagon de Paris à Cherbourg, s'est vu réclamer plus de 1200 francs. Ne pouvant, lui non plus, verser une pareille somme ; son appareil est resté en gare. Ces deux exemples démontrent les difficultés rencontrées par les modestes chercheurs, qui s'efforçaient d'orienter l'aviation vers de nouvelles voies.
M. Ogé, trésorier de l'Aéro Club de France, est arrivé à Vauville pour faire des expériences sur le planeur en tandem Peyret.

Vendredi 14 septembre
L'ÉTUDE DES COURANTS AÉRIENS. [3]
Le lieutenant Lepetit commence ses expériences. Grâce à l'émission de la fumée, on matérialise un ftlet d'air qui est photographié à de nombreuses reprises. L'étude des instantanés obtenus, permet par la suite de se rendre compte très exactement des mouvements des courants aériens. Il est essentiel que l'avion émetteur de fumée soit très rapide, afin que l'atmosphère soit troublé le moins longtemps possible par le passage de l'appareil. C'est pourquoi le Spad monoplace du lieutenant Lepetit a été muni d'un moteur Hispano - Suiza de 220 chevaux.
M. Ferber est au camp de Vauville, il procède actuellement au montage d'un planeur qu'il se propose d'expérimenter dans quelques jours.
M. Pongue, pilote du planeur Rigaud de Saint-Aubin, s'est installé à Biville. .
M. le commandant Favre, poursuit à Vauville, les expériences aérologiques qu'il a commencées quelques temps avant le congrès.

Lundi 17 septembre
Le Lieutenant Le Petit poursuit ses expériences [3]
Il s'agit de matérialiser les courants aériens afin de les photographier en divers sens, pour établir un graphique utilisable par les pilotes qui expérimenteront de nouveaux planeurs. Le Spad décolle à 14 heures 30. Le Commandant Favre, de l'Office National Météorologique, a fixé son poste d'observation sur la colline en direction de Biville avec des appareils de visée. Le Petit part à bonne allure et s'avance jusqu'au dessus des dunes de sable. Il fait une dizaine de circonvolutions en lâchant de la fumée, que le vent d'Ouest, de 6 mètres/seconde, emporte vers la colline. Le Spad vole à une vitesse de 100 km/h, soudain Le Petit doit atterrir, une fuite s'est déclarée au réservoir d'eau. Il doit se poser sur un plateau accidenté, l'atterrissage est chaotique mais sans gravité.
Dans la soirée, Le Petit rallie Paris pour soumettre ses expériences.

Le planeur Ferber fait une sortie [3]
Pour la première fois, on sort le grand biplan sans moteur Ferber. L'appareil est dirigé vers Le Thot et pourvu d'un sandow auquel s'attèlent quelques matelots. A quatre reprises l'appareil s'envola dans les conditions les plus satisfaisantes. Le plus long vol fut de 150 mètres à une hauteur de 10 mètres. La stabilité du planeur, sa finesse ont fait la meilleure impression.

Lundi 24 septembre
Les essais de maquettes d'avions à Vauville [3]
L'A.F.A. poursuit ses efforts afin d'obtenir des pouvoirs publics le classement de la lande de Vauville comme terrain d'expériences. L'aviation expérimentale doit s'orienter dans une voie nouvelle, à la fois pratique et économique. Il s'agit de décider les constructeurs à construire des maquettes d'avions sans moteur, en grandeur réelle, et à les soumettre à l'épreuve du vol plané dans un courant ascendant. Actuellement, le créateur d'une nouvelle forme d'appareil exécute d'abord une maquette réduite du futur avion et l'essaie au tunnel aérodynamique pourvu d'une soufflerie, qui permet d'éprouver les qualités de stabilité et de légèreté de l'appareil. Mais il arrive souvent que l'avion type, construit dans sa grandeur réelle, révèle des erreurs de conception, lesquelles ont, du fait de la mise en place des moteurs, d'onéreuses conséquences. Plusieurs constructeurs ont déjà choisi Vauville pour l'essai de leurs futures maquettes.

BILAN

Jacques Lerat [2] dresse un bref bilan de ce deuxième congrès expérimental :
- 56 inscrits, mais seulement 26 machines présentées,
- En planeur seules 6 machines ont réellement réalisé des vols dignes de ce nom.
- Le record du monde de durée, détenu par Alexis Maneyrol n'a pas été battu pendant le congrès.

 

RÉFÉRENCES

[1] Le vol à voile et l'association française aérienne, par Georges Houard, 1923
[2] Le concours de Biskra, la révélation, par Jacques Marceau, Vieilles Plumes n° 12 automne 2001, FFVV 2001
[3] Vauville berceau du vol à voile, par Laurent Lefilliatre, 2002
[4] Il y a 70 ans, Vauville, par Pierre Vaysse, Vol à Voile Magazine, n° 54, 1993
[5] Alexis Maneyrol, le vol de l'aigle, Éditions du Pays de Retz, 1983
[6] Le vol à voile, par Robert Kronfeld, Gauthier-Villars Paris 1935

[7] Site Citroenet.org, autochenilles Citroën-Kégresse  http://www.citroenet.org.uk/utilities/autochenille/autochenille.html
[8] Histoire du vol à voile français, par Réginald et Anne Jouhaud, Cepadues 1992
[9] Histoire du vol à voile de 1506 à nos jours par Éric Nessler, Les Oeuvres françaises 1946
[10] Les hangars en toile de Julien Bessonneau par Jean-Paul Meurisse, Magazine du Musée Régional de l'Air n° 125 hiver 2015, p 24-25
[x] Flight octobre 1922
[x] Flight, 11 janvier 1923
[x] Flight, 1 et 8 février 1923
[x] Flight, 22 février et 8 mars 1923

Page créée le 25/02/2013 Dernière mise à jour le 29/11/2016
Des vieilles toiles aux planeurs modernes © ClaudeL 2003 -